Voir avec les yeux du racisme

L’actualité nous donne l’occasion d’un test grandeur nature. Comme dans le conte d’Andersen La Reine des neiges, où un personnage a la vue altérée par un éclat de verre, le raciste n’a pas la même vision du monde que le commun des mortels. Alors que la vue d’un voile ou d’un foulard ne me fait pas plus d’effet qu’un col roulé, l’identification de ces attributs par un raciste modifie sa perception de la réalité. Il entend soudain mugir des sirènes d’alarme, et voit se dresser devant lui une silhouette à peine humaine.

Grâce au crayon de Riss, dont l’islamophobie a été vérifiée par quelques éditoriaux bien sentis, la dernière couverture de Charlie nous montre ce qu’un raciste voit sous les traits d’une jeune étudiante de 19 ans: une trogne marquée des caractères de l’imbécillité, conforme au stéréotype de la discrimination des noirs par la caricature simiesque.

Affiche, Exposition coloniale de 1931.

Depuis sa fugitive apparition sur M6, où elle s’exprimait sur la réforme de l’entrée à l’université, au nom du syndicat étudiant UNEF, Maryam Pougetoux fait l’objet d’un harcèlement en règle par les allergiques au hijab, lancé comme il se doit par le cofondateur du Printemps républicain, Laurent Bouvet. Malgré un entretien publié par Buzzfeed, où la jeune femme assure que son voile «n’est absolument pas un symbole politique», rien n’y fait. Selon une mécanique bien huilée, chaque apparition dans la sphère publique d’un représentant “visible” de l’islam déclenche une mise à l’index qui n’a pour aliment que cette visibilité même.

Cette haine d’un affichage indésirable, qui a touché récemment la chanteuse Mennel, Yassine Belattar ou encore Rokhaya Diallo, s’inscrit dans une tradition coloniale, où l’élément allogène n’est toléré qu’à la condition de dissimuler ce qui le singularise, et de se fondre dans le bruit ambiant. Il est difficile de comprendre l’enjeu de cet affrontement si l’on ne se place pas sur le terrain des symboles. Comme le montrent les luttes de toutes les minorités discriminées  – femmes, racisés, LGBT, etc. –, le combat pour la visibilité est crucial. Puisque la sphère publique normalise le dissemblable et rend progressivement banal ce qui était étranger, il importe aux yeux de ceux qui veulent préserver l’ordre ancien de maintenir l’altérité de ce qui est autre, et de veiller à la pureté de l’espace de la représentation. C’est ainsi que s’explique la violence de la punition pour péché d’exposition, typique d’un racisme évidemment dissimulé derrière de pesantes rationalisations.

42 Commentaires

  1. La famille Pougetoux est d’origine corrézienne. Critiquer cette jeune femme peut il être du racisme (anti blanc ?)

  2. Marion Vernet Schmitt

    Vous êtes à côté de la plaque. Riss donne ces traits grotesques à tous ses humains ; il suffit d’une simple recherche en ligne pour s’en rendre compte. On pourrait gentiment vous renvoyer l’argument «raciste», du reste : vous a-t-on lu sur les Une de Charlie consacrées à Plenel, entre autres — sur les échanges d’amabilités entre le Printemps républicain et le même Plenel, ou Bianco, ou Boniface ? Je ne crois pas. L’argument raciste (dont Philippe Edmond a raison de souligner l’étrangeté) ou anti-minoritaire* aurait du plomb dans l’aile, il est vrai. [*Au passage, les femmes ne sont pas une minorité, nom d’une petite bonne femme en bois.]

  3. Le racisme est essentiellement un exercice de rationalisation, qui a pour but de justifier les comportements discriminants. Il est toujours fascinant de voir les trésors d’ingéniosité déployés par les intéressés pour contrer la mise à jour des discriminations.

    « La famille Pougetoux est d’origine corrézienne » est magnifique. Oui, cette jeune femme est française “de souche”, comme on dit sur un site éponyme. Mais jusqu’à preuve du contraire, elle fait bien l’objet d’une animalisation simiesque. Or, il n’y a pas d’autre moyen d’expliquer cette injure visuelle que le caractère “musulman” ou “islamique” que trahit le voile. Corrézienne ou pas, Maryam Pougetoux est punie pour délit d’écart visible avec l’identité française – ou bien ce dessin ne veut plus rien dire…

    Comme le chante (à peu près) Johnny: si ça n’est pas du racisme, ça y ressemble… ;)

  4. @Marion Vernet Schmitt : Maryam Pougetoux appartient à une minorité religieuse. L’argument anti-minoritaire reste valable. Et c’est cette appartenance qui explique cette animalisation simiesque (comme le dit André Gunthert). Cette représentation m’a fait penser en premier lieu aux premiers films adaptés de La planète des singes. Ces films sont une mise en images d’un cauchemar. Pour Riss et d’autres, voir une femme en hidjab est un cauchemar.

    Voir un journal comme Charlie Hebdo reprendre à son compte une imagerie raciste pour attaquer la façon de vivre d’une jeune étudiante, ça en dit long sur l’évolution d’une frange de la gauche (dont le Printemps républicain est un bon exemple) qui, par anticléricalisme ou hostilité à la religion, en vient à se faire l’alliée objective des identitaires d’extrême droite.

  5. Caricaturer un blanc vaguement chrétien, c’est de la liberté d’expression. Caricaturer un membre d’une minorité, c’est du racisme. Critiquer les costards du président, c’est de la liberté d’expression. Critiquer le foulard d’une ado, c’est du racisme. La démocratie 3.0, c’est celle du double standard ?

    S’il y a bien une chose qu’on ne peut par reprocher à Charlie, c’est de faire de la discrimination : riche bien nanti, ou pauvre minoritaire, tout le monde a une sale gueule sur sa couverture.

    Il y a une 3e branche de la gauche : celle qui joue les protecteurs (les fils ?) de la veuve et de l’orphelin en mettant bien en avant sa plus haute rectitude morale, dans des articles d’analyse écrits à la première personne qui servent de faire-valoir. Cette 3e branche, Monsieur Gunthert, vous en êtes le porte-étendard. On ne peut pas commencer un article d’analyse par « Alors que la vue d’un voile ou d’un foulard ne me fait pas plus d’effet qu’un col roulé ». On a compris que vous étiez mieux que tout le monde. Est-ce que c’est vraiment le sujet ?

    Que la miss utilise son foulard islamique comme symbole ou pas, elle porte un symbole religieux visible. La France est un pays cohérent avec ses valeurs : après avoir fait leur fête aux curetons et bigots au début du XXe s., elle applique les mêmes valeurs à la crise d’adolescence de l’islam occidental au début de XXIe s. : peu importe ton dieu, tu le gardes sous ta chemise et ça n’a rien à faire dehors.

    L’argument de la minorité opprimée n’est pas recevable pour justifier un passe-droit. Sinon quoi ? On créée une aristocratie de la souffrance ? Et ressortir le contexte colonial pour le justifier, sérieusement ?

    La France a une religion d’État : la laïcité. Est-ce qu’elle mieux qu’une autre ? Probablement pas, mais c’est sur celle-là qu’on s’est mis d’accord. On peut la discuter, la remettre en question, mais le fait est qu’il faut bien se mettre d’accord sur des valeurs communes si on veut pouvoir vivre ensemble. Et ce foutu voile islamique va à l’encontre de nos valeurs communes. Minorité ou pas, les règles sont les mêmes. Sauf si on décide que la minorité a droit à un traitement de faveur. Ce qui va à l’encontre de la devise du pays.

    De là à dire que la fille est punie pour « écart à l’identité française », il faudrait déjà admettre qu’il y ait une identité française, et ensuite définir ses contours. Une société se définit par ses valeurs. Tout ce qui s’écarte de ses valeurs est puni, par le droit ou par la morale (donc par le jugement des autres). Qu’est-ce que ça a de si étonnant qu’une femme voilée soit mise à l’index ?

    Encore une fois, on peut critiquer le système normatif (droit + morale) et revoir les normes. Mais on ne peut pas en vouloir aux gens de s’en servir pour juger autrui, parce que c’est à ça qu’elles servent.

  6. Jean-Noël Lafargue

    « Riss donne ces traits grotesques à tous ses humains »

    Riss a un dessin antipathique, c’est entendu, mais il est maître de l’expression qu’il donne aux gens : ici, les yeux éteins et la bouche évoquent clairement l’idiotie, car il faudrait être débile, n’est-ce pas, pour être musulman quant on a la chance de venir de Corrèze. Je ne sais pas si le mot racisme semblera approprié (ou sera compris de tous), mais on peut, j’espère, remarquer un net dénigrement, du mépris, de la supériorité de la part du rédacteur en chef du journal, non ? Pour lui, la parole de cette jeune femme est aussi digne de considération que celle de ceux qu’on appelait autrefois « idiot du village ».
    Riss fait une fixation sur l’Islam depuis quelques années : je me garderais bien de juger quelqu’un qui a pris une balle dans le bras et vu ses amis mourir au nom de l’Islam (d’un Islam). Mais on n’est pas forcé de faire comme si de rien n’était : les dessins de Riss sont régulièrement racistes, non parce qu’il enlaidit les gens, mais par l’expression qu’il leur fait arborer.

  7. @Aurélien Pierre: Merci pour votre commentaire, qui décrit très précisément ce qui est censé constituer (à vos yeux) l' »identité française », et ce qui s’en écarte.

    « La France a une religion d’État: la laïcité. (…) Il faut bien se mettre d’accord sur des valeurs communes si on veut pouvoir vivre ensemble. Et ce foutu voile islamique va à l’encontre de nos valeurs communes. Minorité ou pas, les règles sont les mêmes. Sauf si on décide que la minorité a droit à un traitement de faveur. Ce qui va à l’encontre de la devise du pays. »

    Vous reproduisez fidèlement la doctrine expliquée depuis des années aux lecteurs de Charlie. Il n’est pas question de racisme, mais de religion. Toutes les religions sont criticables, au nom de la raison et de la laïcité, situées au-dessus des croyances.

    Sauf que cette leçon est complètement fausse et viscéralement antidémocratique. Nulle part dans la Constitution ni dans les textes de notre droit, il n’existe un principe qui justifierait une hiérarchie des opinions, et qui imposerait aux croyants de la jouer profil bas.

    Ne confondons pas la dictature soviétique et la démocratie française. Non, la France n’a pas de religion d’Etat, fut-elle laïque. Non, la laïcité ne met pas l’athéisme au-dessus des croyances. La laïcité, ce n’est pas le privilège pour les non-croyants et la discrétion imposée pour les autres: c’est au contraire la garantie qu’aucune opinion ou croyance n’est supérieure à une autre, et qu’elles ont TOUTES un égal droit de cité dans l’espace public.

    La loi républicaine n’impose aucune opinion ni aucune croyance – pas même en la démocratie. On peut parfaitement être citoyen français et militer pour la monarchie, le parlementarisme à l’anglaise, ou la dictature du prolétariat.

    Affirmer le contraire n’a évidemment aucun sens au regard de la règle démocratique. La seule raison qui explique le baratin laïcard, depuis près de 30 ans, c’est qu’il sert d’argument pour reconstituer le privilège colonial et mettre au pas une communauté spécifique.

    Le harcèlement pour délit de visibilité, qui caractérise toutes les variantes du harcèlement islamophobe, fournit la preuve de la marque coloniale. Heureusement, de nombreux Français ont compris que le storytelling laïcard, quand il est tenu par des hérauts manifestement racistes, comme Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Laurent Bouvet, Gérard Collomb, Philippe Val ou Riss, n’est qu’un voile qui peine à dissimuler la chasse aux arabes et aux noirs. Le catéchisme Charlie ne prend plus, et c’est tant mieux!

  8. Est-ce que ce ne serait pas plus d’ethnocentrisme qu’uniquement du racisme? (ce qui n’est pas mieux, hein)

  9. De par anticléricalisme et mon hostilité à la religion, mais surtout de par mon désir d’honnêteté intellectuelle, je me méfie profondément de quiconque emploie le nauséabond mot « laïcard »… qui me semble relever du même genre de manipulation langagière que le mot « sidaïque »…

  10. @André Gunthert : CQFD. Bravo !

  11. Merci pour cet article, merci pour vos analyses!

  12. Moi, ça m’a fait plutôt penser aux innombrables caricatures de bonnes soeurs dans Charlie Hebdo. Et de fait, si le voile de cette jeune femme, moi, me gêne, c’est plutôt parce qu’il me rappelle celui-là. C’est le proche plutôt que le lointain: on s’était débarrassé de l’emprise des catholiques (même les bonnes soeurs avaient pour la plupart abandonné le costume) et c’est stressant de le voir revenir (j’ai connu bien des femmes en Tunisie qui portaient un voile de façon « culturelle »: ça ne ressemblait pas à celui-là, où pas un cheveu ne dépasse). Je ne vois pas le rapport avec du racisme, parce qu’en fait c’est plutôt un rapport à notre propre histoire. C’est ce qu’on voit chez Mélenchon: il adore l’Amérique latine, mais il a du mal avec le côté croyant… qui s’accompagne de vraies divergences autour des questions de l’avortement ou de l’homosexualité, et là il s’agit des cathos, donc bon, rien d’islamophobe quand même! Il y a là quelques vraies questions politiques à la clé quand on représente un syndicat de gauche, et qui peuvent mettre en porte à faux engagement religieux et engagement syndicaliste sans céder à aucune hystérie, ce sont les questions que personne ne lui pose clairement et concrètement, à cette jeune femme: défendez-vous l’avortement, comment considérez-vous les homosexuels? (Schneiderman en a fait, à mon sens, un bon billet dans arrêt sur image, et il y a aussi un bon billet d’Abdennour Bidar qui renvoie dos à dos la violence des islamophobes et un certain narcissisme exhibitionniste et différentialiste des musulmans dans le contexte actuel)

  13. Celui (celle) qui exhibe son apparence au public ne peut pas s’attendre à ne pas être vu(e) et, en conséquence, compter que le public fera comme s’il ne l’a pas vu(e).

    Vous êtes un spécialiste des images (sociales) et de toutes leurs significations possibles. Vous ne pouvez croire qu’une telle « mise en image », par les moyens vestimentaires, soit anodine, indifférente, neutre ?

    Chacun est ici libre de son opinion sur les religions et les institutions religieuses. Mais il est difficile de prétendre qu’une religion n’est pas une idéologie. Cette jeune femme exhibe son idéologie. C’est son droit. Le nier, ce serait de la naïveté…, ou quoi d’autre ?

    Le dessin de Riss est une caricature. C’est son job, à Riss. Et une bonne caricature est… caricaturale ! (Ça c’est un scoop !)
    L’idéologie religieuse en général, et islamiste en particulier peut « débecter » Riss. Il a tout à fait le droit de trouver ces idéologies parfaitement débectantes. À mon sens, c’est tout ce que signifie cette caricature. Une réponse dun berger à la bergère.
    Du « racisme » ?
    Pfffffff !

  14. @Patrick Guillot: Une caricature est l’équivalent d’une insulte visuelle. C’est une violence publique, qui n’est recevable qu’en tant que réaction à un acte ou un propos jugé condamnable. Sa fonction critique est utile lorsqu’elle vise les puissants, plutôt que les populations discriminées.

    Vous nous expliquez qu’à vos yeux, il est légitime de punir cette jeune femme, qui n’a rien fait de mal, pour un crime de visibilité islamique qui n’existe pas en droit. J’ai bien compris que vous avez besoin de la montée en généralité religieuse ou idéologique pour dissimuler à vos propres yeux le fondement xénophobe de cette condamnation. Le défaut de cette démonstration, que chacun peut constater, c’est que ce harcèlement est réservé la population musulmane, invitée à raser les murs. Moi, ce qui me débecte, c’est qu’on puisse admettre sans broncher l’existence de citoyens de seconde zone, et de faire mine de ne pas voir ce que cette relégation doit au modèle colonial.

  15. Les critiques contre cette jeune femme venant de la droite et le tollé suscité par sa photo me la rendent éminemment sympathique. Cela dit, on a connu un temps où des prêtres, voire des sœurs, militaient au sein de la CGT et même parfois du Parti Communiste. Mais dans leurs engagements aux côtés de la classe ouvrière et des opprimés, ils poursuivaient en même temps un combat au sein de leur institution religieuse en luttant en particulier contre ses aspects fétichistes : vestimentaires bien sûr, mais aussi contre tous les apparats cérémoniels, fanfreluches décoratives et autres objets fétiches qui accompagnent les cérémonies… Le voile islamique (ou catholique ou la kippa, ou…) est bien un objet fétiche qui n’a pas grand chose à voire avec le fondement d’une croyance, mais qui est posé avant tout comme la signification d’une appartenance aux dogmes d’un culte. Et pour moi, et pour bien d’autres athées je suppose, les dogmes religieux (mais pas qu’eux) restent un obstacle majeur dans l’émancipation politique, culturelle et sociale de l’humanité et des femmes en particulier lorsqu’il s’agit de religions.

  16. Je suis frappé, dans plusieurs commentaires ci-dessus, par l’étanchéité absolue maintenue entre l’interprétation religieuse et l’interprétation xénophobe de la mise à l’index du port du voile. Peut-on à tout le moins discuter de la pertinence: 1) de mettre sur le même plan islam, catholicisme ou judaisme, alors que seule la première religion est réputée « poser un problème » en France (pour reprendre la formule qui fait florès de Nadine Morano à François Hollande – dans la période récente, sauf erreur de ma part, on ne rencontre aucun jugement semblable à propos du catholicisme ou du judaisme); 2) de juger de l’islam, religion d’un groupe discriminé, avec la même grille que celle qui a fondé l’anticléricalisme, soit la situation du catholicisme comme religion d’Etat?

    A mes yeux, il est évident que le parallèle est faussé. Pourquoi cet élément ne fait-il jamais partie de la discussion chez ceux qui défendent la vision laiciste? Cette absence est préoccupante, car au lieu d’une discussion rationelle, qui intègre les arguments de l’adversaire pour y apporter des objections, cette dénégation donne au propos laiciste le caractère fermé caractéristique des débats sectaires. A force de nier les discriminations islamophobes, y compris les comportements de harcèlement particulièrement visibles évoqués ci-dessus (car quel étudiant juif ou catholique a été caricaturé en couverture de Charlie pour port de la kippa ou de la croix?), les laicistes décrédibilisent leur position, qui semble se dérouler dans une réalité parallèle.

  17. « seule la première religion est réputée « poser un problème » en France (pour reprendre la formule qui fait florès de Nadine Morano à François Hollande – dans la période récente, sauf erreur de ma part, on ne rencontre aucun jugement semblable à propos du catholicisme ou du judaisme) »

    Le catholicisme est pratiquement à l’arrêt, sinon en perte de vitesse absolue, contrairement à l’islam,le judaïsme ne pratique pas le prosélytisme et dans sa partie « visible », sur le plan de l’apparence et du vêtement, elle est repliée dans le communautarisme quasiment étanche socialement : on n’a jamais vu un dirigeant d’association type syndicat porter la kippa lors d’une intervention devant les médias.

    Rapprocher la caricature de Charlie et l’affiche raciste en faisant mine d’ignorer que toutes les autres unes de Charlie mettant en scène des individus aux vêtements religieux caractéristiques (cathos & juifs) n’étaient pas représentés comme des imbécile éructant des propos qui ne le sont pas moins, est franchement diffamatoire.

    Comme Aurélien Pierre, j’ai trouvé assez caractéristique l’emphase sur le « col roulé », sensé placer l’auteur du « bon » côté concernant le port du hijab, pour mieux dénoncer le « racisme » de l’attaque de la caricature. Et dans ce cas précis amalgamer religion et couleur de peau !
    Le problème des moralistes c’est qu’ils se sont donnés une mission : dénoncer les errements de leurs contemporains, au point que le porno, le racisme ou l’objet qui se sont assigné, est avant tout logé dans leur œil.

  18. @Ron: Merci de confirmer qu’il y a bien deux visions qui s’affrontent – et non un point de vue universel qui s’imposerait à tous. Tel est le sens de ma comparaison avec le col roulé, qui n’a pas la signification moralisatrice ni l’emphase que vous lui prêtez, mais qui n’est qu’une simple observation, visant à faire apercevoir la différence « logée dans l’œil » des acteurs, comme vous dites. La vision d’un voile ne me rend pas hystérique, voilà tout (et je vous confirme que la surinterprétation de cet attribut, trait caractéristique de la construction de l’islamophobie, voir: http://imagesociale.fr/1050, est bien un indicateur de racisme).

    Concernant les couvertures de Charlie mettant en scène « des individus aux vêtements religieux caractéristiques (…) représentés comme des imbéciles », merci d’être plus précis et de citer vos sources. Le Charlie de Cavanna et Choron n’était pas islamophobe, mais bien anticlérical – une confusion qui sert les fins de la justification laïciste. S’il y a bien quelques religieux caricaturés en Une de Charlie dans la période récente, je n’ai pas souvenir d’un laïc dénoncé pour sa religion, en dehors des musulmans.

  19. @Ron: C’est bien ce que je disais: on a surtout des représentations du Christ ou du pape pour désigner le catholicisme – mais aucun non-religieux dénoncé pour l’affichage de sa foi (d’ailleurs, d’après votre propre définition du prosélytisme islamique, il n’y a que cette religion qui peut être attaquée pour visibilité excessive…).

    La couverture de Charb du 19 septembre 2012, « Intouchables II« , qui représente un juif et un musulman disant « Faut pas se moquer », est la seule qui pourrait à la limite être interprétée de cette façon, en raison de l’imprécision du statut des personnages (religieux ou simples pratiquants?). Encore s’agit-il de représentants génériques, et non de personnes identifiables, et le dessin reste bienveillant, sans rapport avec l’animalisation injurieuse qui affecte la caricature de Maryam Pougetoux.

    Merci d’avoir aidé à démontrer que cette couverture sort du lot, et ne peut être interprétée avec la boîte à outil de l’anticléricalisme…

  20. « Merci d’avoir aidé à démontrer que cette couverture sort du lot, et ne peut être interprétée avec la boîte à outil de l’anticléricalisme… »

    Ne me remerciez pas mon Cher, je vous en prie … quel théâtre.
    Vous enfermez à présent les représentations caricaturales aux personnes de la société civile, il faudrait donc qu’elles soient choisies hors clergé, que les unes soient réalisées sous la supervision de Cavana ou de Choron pour que vos arguments soient réfutables. Autrement dit selon vos seuls critères et selon une technique de l’entonnoir qui enferme la critique dans un champ tellement restreint qu’elle se réduit immanquablement au silence, vieille ficelle réthorique.
    Les juifs se sont fait copieusement caricaturés et injuriés parmi ces unes, les cathos aussi. La particularité du vêtement religieux c’est justement son absence de neutralité qui rend confus, comme vous le notez, la différence entre le clergé et le séculier. On n’est donc loin de l’indifférenciation neutre (du col roulé) à laquelle vous faites semblant de croire (il s’agit bien de croyance) devant l’image de la représentante de l’Unef.
    Par ailleurs l’islam comme le judaïsme ou le protestantisme n’est pas organisé en une hiérarchie verticale comme chez les cathos où le chef donne le ton pour les fidèles silencieux, ce qui rend le ciblage de Charlie pertinent les concernant.
    Ce que vous auriez pu noter c’est l’absence quasi totale d’attaque contre les protestants : et pour cause, les pasteurs sont des actifs de la société civile, transparents, paisibles, et parfaitement intégrés à la société laïque.

    « Il est difficile de comprendre l’enjeu de cet affrontement si l’on ne se place pas sur le terrain des symboles. Comme le montrent les luttes de toutes les minorités discriminées – femmes, racisés, LGBT »

    Cette confusion des luttes est un tic de la pensée post-moderne dont il faudra faire la critique, et à ce propos, les unes de Cavana et de Choron doivent vous sembler diablement machistes.
    Autrement dit prendre les uns (Choron, Cavana) pour taper sur les autres (Vals, Charb, Riss etc) ne mène à rien.

  21. « Vous nous expliquez qu’à vos yeux, il est légitime de punir cette jeune femme », me dites-vous, pour répondre à mon intervention (cf. 24 mai 2018 à 20 h 21 min)

    Voilà un vieux truc, qui peut fonctionner, plus ou moins, dans un débat oral : faire dire à l’autre ce qu’il n’a pas dit. Mais ici, comme nous sommes dans un échange d’écrits (qui ne s’envolent pas), il est facile de retrouver ce que cet « autre » a écrit, noir sur blanc, mot pour mot.
    Il suffit à ceux que cela pourrait intéresser de se référer à mon intervention, pour constater ce qu’il en est : je n’évoque à aucun moment l’idée d’une « punition » – ni sous ce vocable précis, ni sous un autre. Pour peu que les mots aient un sens.

    Donc « à mes yeux » – et voilà une formule que je n’utilise pas, mais qu’ici je pourrais assumer : il s’agit bien de ce qui est visible, avec nos yeux, de ce qui s’expose, et même s’exhibe -, donc, à mes yeux, cette personne, qui n’est pas là en tant que personne privée mais en tant que portant la parole d’un syndicat étudiant non confessionnel, cette personne se montre (à nos yeux) dans une apparence particulièrement « connotée ».
    Chacun peut juger librement, sans avoir besoin de cacher aucune xénophobie (?), la discordance entre l’image et le discours – pour faire court.

    Vous êtes, par ailleurs, particulièrement pertinent dans toutes vos analyses des images, dans l’étude de leurs significations sociales. Vous avez donc votre mot à dire, et c’est un mot « autorisé », pour décrypter les caricatures publiées par ‘Charlie’.- entre autres. Mais il est juste étonnant que, à vos yeux, l’uniforme religieux ne puisse pas faire aussi « image sociale »…

  22. « Une caricature est l’équivalent d’une insulte visuelle. C’est une violence publique, qui n’est recevable qu’en tant que réaction à un acte ou un propos jugé condamnable. Sa fonction critique est utile lorsqu’elle vise les puissants, plutôt que les populations discriminées »

    Il y a la question particulière du comportement publique de cette jeune femme.
    (Nous sommes d’accord : le vêtement est un « comportement » ?). Il y a la question de l’activité des différents « clergés » dans notre existence sociale. Cela fait deux questions qui se croisent plus ou moins ici, mais cependant distinctes. Et encore une troisième question : du bon usage de la caricature.

    Si je vous comprend bien (vous me direz si tel est le cas ?), si une couverture de ‘Charlie’ charge Macron, c’est bien, c’est « utile » (parce que le Chef de l’Etat est un puissant majuscule), mais quand elle met en scène… mais qui est mise en scène ici ? Est-ce une « population » (éventuellement discriminée) ? Ou bien est une personne dans son activité personnelle ?
    En fait, est-ce une « musulmane » que l’on caricature, en tant que musulmane ? Ou bien est-ce la façon dont cette personne, cette personne-là, a délibérément choisi d’exercer cette fonction, cette fonction-là (porte-parole de l’UNEF) ?

  23. @Patrick Guillot: Quand vous vous promenez dans la rue (de préférence habillé), vous avez un comportement public. Est-ce une raison pour qu’on vous demande de justifier vos choix vestimentaires? Pas si ces choix respectent la norme (une vision plus tolérante admettra que vous êtes libre de vos choix d’apparence, même si ceux-ci sont extravagants).

    Pour bon nombre de nos concitoyens, en particulier dans l’espace urbain, la grande variété des styles vestimentaires des cultures d’origine non-occidentale fait désormais partie du quotidien. Existe-t-il une restriction vestimentaire liée à la religion dans l’espace public? C’est la règle qu’aimeraient bien imposer les partisans d’un ordre sectaire, mais il n’existe aucun texte interdisant le port de signes religieux – en-dehors de la loi de 2004, limitée à l’enceinte scolaire. Et pour cause: cette restriction entrerait en contradiction avec la liberté d’opinion, que garantit la loi républicaine, y compris dans l’espace public (une loi qui se bornerait à la préserver dans l’espace privé ne serait évidemment pas d’une grande utilité…). C’est la raison pour laquelle la loi de 2010 se borne à règlementer la visibilité sociale, en dehors de toute mention religieuse, qui serait inconstitutionnelle.

    C’est pourquoi l’intolérance aux manifestations de la culture arabo-musulmane a inventé un nouveau crime: celui de la représentativité, non plus dans l’espace mais dans la sphère publique (pour reprendre les termes d’Habermas), autrement dit dans l’espace symbolique et médiatique. Voilà pourquoi les partisans de la mise à l’index de l’islam (pardon, de toutes les religions, sauf qu’il n’y en a qu’une qui est vraiment dangereuse) font grief à une élue d’un mouvement étudiant de porter le voile, quand bien même aucun règlement ni aucune disposition ne s’y oppose. Les ratiocinations qu’on peut lire ci-dessus confirment qu’il faut un effort surhumain pour justifier cette criminalisation particulièrement tirée par les cheveux.

    Concernant la caricature, que vous avez initialement traité avec légèreté, je vous renvoie à l’appréciation de Ron, qui la décrit comme mettant en scène «des individus aux vêtements religieux caractéristiques (…) représentés comme des imbéciles». Donc oui, il semblerait bien que le seul motif qui explique le caractère injurieux du traitement graphique de Maryam Pougetoux, malgré ses origines bien françaises, est l’affichage de sa religion. «Parcoursup c’est de la merde/Ils m’ont prise pour diriger l’UNEF» veut dire: cette jeune femme a une tête d’imbécile aux allures simiesques parce qu’elle est musulmane.

    Ce jugement est évidemment une punition pour délit d’affichage: ce n’est pas vous qui le dites, c’est moi, qui vous explique pourquoi votre banalisation du dessin de Riss («Le dessin de Riss est une caricature. C’est son job, à Riss») justifie un comportement public ignominieux.

    Oui, la caricature est une arme. L’équivalent d’une insulte, que la pragmatique analyse comme une réponse performative à un fait répréhensible ou condamnable. C’est pourquoi, contrairement à la doxa charliste, il faut se servir à bon escient de cet instrument violent. J’ai consacré sur ce blog un billet à une caricature antisémite de Macron, issue d’un site d’extrême-droite, dont j’explique que je ne l’avais pas comprise au premier coup d’oeil, car elle me paraît injustifiée (http://imagesociale.fr/5284). Cette caricature a d’ailleurs valu à son éditeur une condamnation en justice. Il est donc parfaitement normal de réclamer un minimum de pertinence dès lors qu’on emploie le registre de l’attaque publique: c’est de cette façon qu’un tribunal apprécie la diffamation.

  24. Que certains essaient ici (en commentaire) de discuter la pertinence de ce petit texte très clair (de AG, donc) m’atterre complètement. Comment peut-on encore justifier les dessins islamophobes de Riss sous couvert de laïcité ? De la part de gens éduqués, il s’agit ou bien d’hypocrisie (celle, précisément, qui fait porter à la laïcité un bon vieux « dehors les arabes » qui n’ose pas dire son nom) ou bien d’un sens névrotique de la contradiction qui se complet dans l’arabesque argumentative (en oubliant au passage de mesurer la gravité du sujet).

    le vrai problème de ce débat, c’est que l’on manque de véritables racistes. C’est à dire de vrais méchant raffinés, beaux comme des vilains de fiction, capables de défendre leur point de vue (fasciste, cela va de soi) sans se cacher sous un féminisme d’emprunt (« bouh le voile, instrument d’asservissement de la femme » – comme si les femmes arabes ne pensaient pas) ou une laïcité à la Elizabeth Badinter, qui est un impératif catégorique à géométrie variable, tolérant les clochers (je n’ai rien contre les clochers) et se bouchant le nez devant les mosquées (je n’ai rien contre les mosquées non plus – là, par contre, on est un peu moins).

    Cette caricature est raciste, infâme et injuste. Charlie Hebdo est un journal qui choisit scrupuleusement ses causes (la laïcité intelligente, éduquée, qui rembarre la barbarie avec les instruments de la barbarie : la violence) et ses cibles (les arabes, les défenseurs des arabes – ou du détendage de slip sur la question). Ne pas le voir, c’est être un peu plus Charlie qu’on ne le pense.

  25. @AndréGunthert
    L’Islam n’est pas la seule religion visée, les cathos le sont tout autant :
    http://museedelapresse.com/?s=CHARLIE+HEBDO+no%3A333+04%2F11%2F1998
    La grande différence est que l’Islam, contrairement aux catholiscisme, a été longtemps une religion opprimée en France, cette oppression prend fin aujourd’hui, les rapports avec les musulmans se normalisent, y compris dans un humour que vous ne partagez pas visant des musulmans frappés de bigoterie, car si porter le hijab est une façon de vivre l’islam, ce n’est certainement pas la seule, et réduire les musulmans à cette façon de vivre est un raccourci caricatural sinistre.
    On lit ici beaucoup de propos racistes de la part de ventriloques qui font parler cette image, allant jusqu’à regretter l’esthétisation « raffinée du fascisme » (!), on nage bien en pleine hystérie où les moralistes regrettent les salauds, et où les minorités sont repoussées dans leurs positions de victimes dont elles sortent socialement (ici une présidence d’un syndicat étudiant puissant). L’ignominie est là, pas dans le texte en une de Charlie, dont le dessin est un sacré révélateur !

  26. J’aimerais que ceux qui n’envisagent la critique antiraciste que sous la forme d’une leçon de morale administrée par des inquisiteurs tatillons aperçoivent que l’on peut être sincèrement choqué par la haine et la bêtise d’un dessin injurieux, et en colère face au harcèlement injustifié que subit cette jeune femme, bénévole dans un syndicat étudiant.

    Comme le retournement de la victime devenue coupable typique du sexisme, on voit ici ceux qui tentent de défendre les minorités taxés d’«ignominie» et accusés de réduire les musulmans à leur caricature, alors qu’un des principaux ministres du gouvernement a réagi à propos du voile de la syndicaliste en regrettant qu’un «certain nombre de jeunes [puissent] se laisser attirer par les thèses de Daech».

    A part ça, tout va bien pour les musulmans en France, et il n’y a pas de campagne pour les empêcher ou les punir d’occuper une place dans la sphère publique. Mennel n’a pas été exfiltrée de The Voice ni Rokhaya Diallo virée du Conseil du numérique, sous un flot d’insultes. Décidément, Charlie a les lecteurs qu’il mérite…

  27. Tant que l’on ne comprendra pas que les arabes sont les juifs d’aujourd’hui, et que leurs caricatures simiesques sont exactement comparables aux youpins à gros nez des périodes dreyfusardes & co, les danses du ventre verbales déculpabiliatrices continueront de pulluler sur les forums de tout poil. Quitte à me répéter, le pire ce n’est pas le vrai raciste – il y en a toujours eu -, c’est l’hypocrite : celui qui se convainc que sa réflexion n’est pas dominée par cette peur qui a fait dire aux chroniqueurs de TPMP (l’émission de Hanouna à l’origine de l’ampleur du buzz « Mennel » – que le Hanouna en question a pourtant tenté de tempérer, en vain) que les tweets de la candidate étaient « très graves » (non, ils étaient juste crétins, parce qu’elle est très jeune et sans doute un peu crétine).

    L’équation est pourtant simple. Les arabes sont traités et vus comme des nuisibles, c’est à dire des indésirables (comme les juifs d’autrefois, les pédés, les femmes, les migrants, les freaks quoi). Tant qu’on les montrera comme tels, ils continueront de porter le voile, de recouvrir leurs femmes (qui y consentent hein, à noter qu’elle sont dotées d’un cerveau) de sacs poubelles sur les plages, et ce précisément parce que ça nous fait chier, nous les petits blancs de la gestapo du bon ton.

    Alors oui, cette caricature est raciste. Riss est un facho new age, protégé par la mort tragique de ses copains et les amalgames qui en ont découlé. On pourra remettre ce racisme dos à dos avec d’autres racismes tant qu’on le voudra (celui des noirs contre les blancs, des arabes contre les français et les juifs, etc.), mais le racisme qui s’adjuge l’adhésion officielle de l’Etat, des médias de masses et de l’opinion, n’a rien à voir avec le racisme édenté des faibles.

  28. Quand les Catholiques hurlaient après les « dessins injurieux’ (je reprends votre expression, André) du Pape, ils étaient renvoyés avec mépris à leur obscurantisme. Dès qu’il s’agit d’une femme portant un voile musulman, le dessin devient inacceptable. Votre position est intenable, André, et votre talent à débattre ne suffit pas à la rendre acceptable. Il y a un profond racisme de la gauche morale française, un racisme bienveillant qui considère que tous les citoyens pas tout-à-fait blancs ont droit à un traitement particulier (avec ce sous-entendu qu’il vous est impossible d’entendre, qu’ils sont inférieurs). Cette jeune femme est Française autant que moi, il n’y a aucune raison de lui appliquer une discrimination positive, sauf à considérer qu’elle ne m’est pas semblable. Je trouve salutaire de voir moquer à l’identique les bonnes soeurs catholiques et les musulmanes voilées.

  29. @collas gilles: Très franchement, j’aimerais bien savoir qui se moque aujourd’hui des «bonnes soeurs catholiques», ou quel intérêt il y aurait à le faire. Nous ne sommes plus en 1905, ni à l’époque du Gendarme de Saint-Tropez. Non, les bonnes soeurs ne représentent plus aucun enjeu d’actualité, et donc le soi-disant parallèle ne tient pas: il sert uniquement à cacher le caractère xénophobe de la mise à l’index de la musulmane voilée (car, française ou pas, si on ôte le syllogisme essentialiste qui fonde la caricature de Riss, qu’on peut résumer ainsi: voilée = musulmane = idiote, alors ce dessin n’a plus aucun sens…).

    Quelle est la différence entre faire une caricature du pape en 1905 et faire une caricature de Maryam Pougetoux en 2018? Puisque ce point n’est pas clair, rappelons que le rôle traditionnel de la caricature est la satire des pouvoirs. Il existe une formule proverbiale: «On ne tire pas sur une ambulance», qui montre à quel point le statut de l’objet de la raillerie est une composante essentielle de l’exercice. Donc se moquer du pape, ou du chef de l’Etat, lorsque celui-ci est le symbole d’un pouvoir réel, est un usage légitime et pertinent de la caricature. Se moquer des faibles ou des dominés est en revanche un usage injuste et criticable de cette force.

    La question de savoir qui occupe la position dominante est par ailleurs un élément central de la définition du racisme, qui ne se réduit pas à l’antipathie pour ce qui est étranger (ou xénophobie). Le racisme est un système de rationalisation et de justification de cette antipathie, dont les effets s’exercent du fort au faible. Raison pour laquelle le fameux «racisme anti-blanc», concept miroir favori des identitaires, n’a pas de sens. Le racisme est ce qui s’impose à la population racisée, par l’intermédiaire de très nombreuses formes de discrimination (emploi, logement, salaire, contrôle au faciès, etc…), qui construit et entretient une situation d’infériorité de cette population.

    Caricaturer Maryam Pougetoux, c’est nécessairement la percevoir comme l’expression d’un pouvoir. Et ne pas voir que c’est la communauté musulmane, visée par la caricature, qui est dans la position dominée, fait partie du système islamophobe – de même que toutes les rationalisations qui visent à inverser la polarité fort/faible sont autant de confirmations du caractère raciste de cette vision du monde.

  30. A. G., votre dernier paragraphe est extremement interessant. Je dois dire que je suis, paradoxalement, reconnaissant a vos critiques pour vous avoir oblige a preciser ainsi, les contours du racisme d’une maniere si objective et si eloignee du dogmatisme. On a, finalement, dans ce dialogue un peu tendu, un petit cours tres condense sur le racisme aujourd’hui.

  31. Avec leurs attaques permanentes relayées par la droite la plus conservatrice contre l’avortement et le mariage homosexuel, nos caricaturistes en ont encore sous le coude avec les catholiques traditionalistes.
    Critiquer la satire ou la caricature est parfaitement légitime, les accuser de racisme c’est tout autre chose. Je constate que de ce point de vue Charlie aura été accusé de tout : sexiste en pleine éclosion du féminisme, contre les cathos y compris ceux de gauche en pleine papophilie sous Jean Paul II, le « pape star », antijuifs ou antisémite lors du conflit israélo-palestinien [MàJ du 06/06/2018, après confirmation d’une affirmation sans preuve, NDLR] et maintenant anti-musulman quand l’Islam est la religion la plus dynamique dans le monde.
    Un peu de recul de la part des « moralistes de gauches » si biens décris par Gilles Colas, serait nécessaire. Autant la caricature de Christine Boutin : croix sur la poitrine et bible à la main était dans l’exagération caricaturale de la religion, autant le dessin de Riss est dans une retenue neutre de ce point de vue : elle ne tient pas le Coran à la main et n’a pas l’index levé des jihadistes, mais le pouce, la Hijab n’est pas grotesque, seul le visage l’est, et le texte ne comporte aucune référence religieuse !
    Accuser Riss de racisme antimusulman c’est faire au mieux preuve d’extra-lucidité, ou plus sûrement, dans le cas présent, instruire un mauvais procès.
    Dans tous les cas votre intervention fait suite à une longue histoire conflictuelle du journal aux prises avec les gardiens de la morale.

  32. « antijuifs ou antisémite lors du conflit israélo-palestinien »… Des sources?

  33. @gabriel: Désolé, mais ramener les critiques du sexisme ou du racisme à la figure des « gardiens de la morale » n’est pas non plus d’une grande originalité. Cette réponse condescendante permet surtout de balayer d’un revers de main les divers arguments et interrogations évoqués ci-dessus, en particulier: existe-t-il oui ou non en France une entreprise d’infériorisation de la population musulmane, étrangement esquivée par les adeptes de la critique laïciste de l’islam?

  34. « Caricaturer Maryam Pougetoux, c’est nécessairement la percevoir comme l’expression d’un pouvoir. »

    M. Pougetoux est devenue un personnage public en devenant présidente de l’Unef, elle devient une candidate à la caricature à ce titre, comme certains sportifs, artistes etc, et au même titre que les personnages récurrents de la télévision, nul besoin de détenir le « pouvoir » des puissants pour être légitimement la cible de la satire.

  35. @AndréGunthert
     » Désolé, mais ramener les critiques du sexisme ou du racisme à la figure des « gardiens de la morale » n’est pas non plus d’une grande originalité.  »

    Je suis d’accord sur l’absence d’originalité, ce sont les mêmes mécanismes à l’œuvre, les mêmes causes provoquent les mêmes effets, et les mêmes attaques, les mêmes défenses.

    « existe-t-il oui ou non en France une entreprise d’infériorisation de la population musulmane ? »

    Bien sûr qu’il existe en tant que phénomène politique, à l’extrême droite, et parmi la droite classique, dont vous avez justement relevé certaines déclarations outrancières.
    Votre vision du racisme est strictement politique et institutionnelle, elle ne s’accorde pas vraiment avec le réductionnisme anthropologique insultant du racisme de « base ».
    Et c’est ici que votre démonstration se retourne contre vous : quand vous réduisez la pratique de l’Islam au port de la hijab.
    Julien Dray (ex UNEF & SOS racisme) a aussi manifesté son désaccord avec le choix de l’ostentation de M. Pougetoux au nom de la rupture du contrat laïc de l’Unef, alors selon vous il serait raciste lui aussi ?

  36. @gabriel: Maryam Pougetoux n’est pas présidente de l’UNEF (la présidente de l’UNEF est Lilâ Le Bas, on lira avec intérêt sa réponse cinglante au procès d’intention de Julien Dray), mais simplement présidente élue de la section Paris IV, à l’instar de plusieurs dizaines d’autres délégué·e·s du syndicat étudiant.

    Légitimer la caricature de cette syndicaliste par son accession à la sphère publique est la réponse de Riss, qui ajoute: si elle ne voulait pas être exposée à la critique, elle n’avait qu’à rester tranquillement chez elle. Cette invitation à l’autocensure est évidemment assez savoureuse de la part d’un défenseur supposé de la liberté d’expression, dans un contexte de condamnation du voile pour oppression phallocrate…

    Mais il s’agit surtout d’une réponse idiote et mensongère. Jetez un coup d’oeil sur ce blog à la caricature antisémite de Macron, publiée sur le site d’Alain Soral, qui a suscité à juste titre l’indignation, et qui a été condamnée par la justice. Non, ce n’est pas parce qu’on est un acteur de la sphère publique que l’on peut dire ou publier n’importe quoi à votre sujet. La loi sur la presse, prochainement complétée par le gouvernement d’un volet anti-fake news, rejoint le consensus social, qui juge la valeur d’une caricature à sa pertinence.

    La confusion mentale à propos du racisme est telle qu’elle conduit certains à imputer aux antiracistes les inventions des islamophobes. Ce n’est évidemment pas moi qui réduit l’islam au voile, mais une longue construction culturelle qui fait de cet attribut le marqueur par excellence de la « guerre des civilisations », voir mon analyse sur ce blog: “Désigner la dissimulation, figure de l’islamophobie”. Difficile de nier que le dessin de Riss contribue à cette imagerie de dénonciation…

  37. Je suis bien d’accord aussi avec la mention de la « guerre des civilisations ». En effet, les diverses manifestations et sentiments racistes sont une « construction culturelle », (l’expression choquera les tenants de la thèse du racisme « primaire » contre lequel seule la rationalité des lumières peut lutter, mais elle est juste), patiemment mise en œuvre par des gens largement assez intelligents pour ne jamais prendre le risque de se faire soupçonner de racisme.

    Citons le New York Times: « Comme cela, ainsi que dans des campagnes similaires, l’approche de M. Bernays était oblique. L’emphase était sur les bonnets, pas sur Venida. De fait, Venida n’était pratiquement pas mentionnée du tout »

    https://archive.nytimes.com/www.nytimes.com/books/98/08/16/specials/bernays-obit.html?_r=2

    Ce n’est pas Chomsky qui a inventé la notion de « fabrication du consentement ». Chomsky cite Edward Bernays.

    Bernays, qui dans son livre « Propagande » (1928), propose d’appliquer en temps de paix les méthodes de propagandes si efficaces en temps de guerre, en expliquant aux « dirigeants » comment « contrôler et régimenter les masses selon notre volonté et sans qu’elles le sache », et appelle son approche, basée sur la connaissance de l’inconscient découvert par son oncle Sigmund Freud, « l’ingénierie du consentement ».

    https://theconversation.com/the-manipulation-of-the-american-mind-edward-bernays-and-the-birth-of-public-relations-44393

    http://www.apa.org/monitor/2009/12/consumer.aspx

    Goebbels était un admirateur enthousiaste et un disciple de Bernays. Il n’est pas difficile d’en trouver beaucoup d’autres. Tous les « think tanks » se composent essentiellement de disciples, conscients ou non, de Bernays.

    Ainsi le raciste « primaire », qui prend le risque de s’exposer, n’est que le fantassin de la guerre de civilisations. Victime lui aussi. Le raciste savant et raffiné travaille, comme Bernays, de manière oblique, sans s’exposer. Rancière appelle cette méthode le « racisme froid », Badiou le « racisme intellectuel ». Mais les deux approches, la « froide » et la « chaude » ont besoin l’une de l’autre et font œuvre de destruction commune.

    Le dessin de Riss n’aurait pas été possible (au sens de: « pas intelligible ») sans, par exemple, Bernard Lewis, les attentats de septembre 2001, et l’état islamique. Une patiente construction intellectuelle et les ressources les plus importantes jamais investies dans une opération et des organisations terroristes ont rendu ce dessin publiable, lisible, et défendable par de nombreux lecteurs.

  38. Dernier rebond de l’affaire du voile de Maryam Pougetoux: la réaction énervée de Laurent Bouvet à un article du New York Times, «The College Student Who Has France’s Secularists Fulminating». Dans une analyse proche de celle proposée ci-dessus, Aida Alami souligne la confusion qu’il peut y avoir en France entre le principe de laïcité et le non-respect de la religion d’autrui, et évoque le « problème non résolu » du passé colonial français.

    Aida Alami cite ensuite Laurent Bouvet, qui lui indique que: «Maryam Pougetoux ne viole pas la loi et ne va pas à l’encontre de la laïcité. Le problème, c’est son rôle en tant que représentante officielle d’une union d’étudiants qui défendait jusqu’ici des idées et des valeurs incompatibles avec celles que représente le port du voile islamique par une femme.»

    Lilâ Le Bas, présidente de l’UNEF, avait répondu par avance à cette critique, dans un entretien à L’Obs:

    «Nous avons des divergences avec [les anciens dirigeants de l’UNEF] sur ce qu’est la laïcité et comment elle doit s’appliquer. Leur laïcité est excluante. A l’Unef, nous pensons qu’elle doit être incluante. La laïcité c’est la neutralité de l’Etat, ce n’est pas demander la neutralité à tous les citoyens. La neutralité pour chacun, c’est une dérive. L’Unef est laïque, féministe, progressiste, mais elle ne défend pas l’athéisme. En 2013, après ce communiqué, il y a eu de longs débats sur notre vision de la laïcité. Oui, on peut dire que la ligne a changé.»
    «L’Unef s’oppose à toutes les formes de dominations patriarcales. Imposer une norme vestimentaire à une femme en lui interdisant de s’habiller comme elle le souhaite en fait partie. Alors affirmer que l’Unef n’est plus féministe est ridicule. Pendant des années, des hommes n’ont pas été foutus de porter une femme à la tête de l’organisation, je suis la première en 16 ans. Ça dit aussi quelque chose. Je me passerai donc des procès en « féminisme » de leur part.»

    On peut ajouter que l’argument féministe est un classique de la propagande coloniale, déjà largement employé au temps de l’Algérie française, par une administration qui ne revendiquait un progressisme de façade que pour mieux mettre en avant l’archaïsme des populations autochtones. En d’autres termes, l’obsession du voile est une composante de l’histoire coloniale française, histoire qui n’a pas cessé avec la décolonisation, mais qui se prolonge désormais sur le territoire hexagonal, avec tout le poids des représentations et des préjugés racistes – une épithète qu’il ne faut pas seulement comprendre comme le travail d’infériorisation d’une communauté, mais simultanément comme sa justification et son invisibilisation. De nombreux commentaires ci-dessus illustrent l’effet d’aveuglement produit, non par un appel à l’exclusion, mais au contraire par une rationalité, voire une casuistique, où l’infériorisation est justifiée par l’appel aux valeurs les plus nobles.

  39. Allant dans le meme sens, un article d’hier – tres americain, donc conceptuellement un peu brouillon, mais fonde sur des exemples concrets et tres pertinents – sur le lien profond – et paradoxal – entre les lumieres et le racisme:

    https://slate.com/news-and-politics/2018/06/taking-the-enlightenment-seriously-requires-talking-about-race.html

    Pour moi, mes deux antidotes majeurs au « racisme des lumieres » furent Said et Derrida.

  40. « voilée = musulmane = idiote ». Je me demande si ce n’est pas : « idiote, donc musulmane », à la limite, voile ou pas voile.
    Le but de ce dessin, et de la #GaucheFN de Laurent Bouvet/Valls, c’est de faire croire à la réalité de leur délire parano : « Ils sont partout, Marcel Vincent les a vus ! ». Dans le sketche des Inconnus (et lisez les commentaires sous les vidéos sur YT pour constater à quel point il est désormais pris au 1er degré…), la parano de « Marcel Vincent » était mise en relief, entre autres parce que les immigrés/maghrébins étaient présentés dans des tâches subalternes et bien loin de prendre le pouvoir.

    Ce que nous dit ce dessin, c’est que subrepticement, ces muzz (finalement, la couleur de la peau, c’est juste trop ringard comme racisme, hein…) prennent le contrôle des syndicats étudiants, de NOTRE syndicat (cf. Julien Dray), et donc, bientôt, de nos partis politiques (on y avait déjà eu droit avec le NPA), et qui sait, de la présidence : Yassine Belattar conspire sans doute dans ce but ultime, faudrait demander à Muriel Cousin (LOL) :-p

    Ce qui est grave, nous dit Riss, c’est que ces salopes voilées ne se contentent plus des tâches ménagères (« elle n’avait qu’à rester chez elle »), ou de faire le ménage dans les bureaux à des heures où les braves gens comme lui et Val dorment du sommeil du juste, mais qu’elles aient par-dessus le marché l’invraisemblable toupet de parler 1 minute dans un micro. Et encore, on se souvient que Charb avait activement milité contre la réintégration d’une nounou licenciée pour port du voile dans une garderie PRIVÉE (là encore, on nous avait saoulés avec la laïcité). On a avait eu droit à des délires complets, venant comme il se doit de psychanalystes, sur le trauma que constitue pour un BÉBÉ le fait de ne pas voir les oreilles de la nounou.

    Vue de l’étranger, et d’un pays ultra-catho mais étant l’un des très, très, rares à avoir la même définition de la laïcité que la France, le Mexique en l’occurence, la France apparaît comme un pays malade, un pays où on doit sacrément se faire chier pour aller débusquer un ennemi de l’intérieur derrière le foulard d’une jeune femme de 19 ans pour l’accuser ensuite d’entrisme, de frèremusulmanisme, de suppôt des terroristes, etc,

    Accessoirement, quelqu’un a écrit précédemment que l’Islam serait la seule religion en progression, c’est tout-à-fait faux, la plus forte progression dans le monde est enregistrée par les sectes évangéliques, pentecôtistes, baptistes, etc., américaines. Allez voir ce que pensent les protestants anglicans d’Ouganda de l’offensive des New Born Christians dans leur pays. Idem en RDC et dans toute la région. Ne parlons pas de l’Amérique latine, avec 35% d’évangéliques/baptistes au Brésil, qu’on peut attribuer directement à la politique de Jean-Paul II concernant la théologie de la Libération. Politique stupide car elle a fait perdre de nombreux adeptes et donc beaucoup de fric au Vatican, mais pas si stupide que ça politiquement puisque ces mouvements sont d’extrême-droite et non pas de gauche (très, très modérée finalement) comme l’était la théologie de la Libération. Si on prenait la peine de réfléchir à cet exemple, on comprendrait qu’il peut parfaitement y avoir un islam de gauche et que le voile n’est en aucun cas incompatible avec le syndicalisme étudiant ou autre, ou toute forme d’engagement politique dit progressiste. C’est ce qu’ont pu constater les Zapatistes, par exemple. Mais c’est trop demander à d’éminents intellectuels comme Bouvet ou Enthoven.

  41. « l’hypocrisie française la plus béante concerne, sans doute, notre refus de reconnaître la discrimination professionnelle monumentale subie actuellement par les jeunes générations d’origine ou de confession musulmane. Une série d’études, menées notamment par Marie-Anne Valfort, vient de le démontrer de façon glaçante. Le protocole est simple : on envoie des faux CV à des employeurs en réponse à des milliers d’offres d’emploi, en faisant varier le nom et les caractéristiques du CV de façon aléatoire, et on observe les taux de réponse. Les résultats sont déprimants. Dès lors que le nom sonne musulman et, par-dessus tout, lorsque le candidat est de sexe masculin, les taux de réponse s’effondrent massivement. Pire encore : le fait d’être passé par les meilleures filières de formation, d’avoir effectué les meilleurs stages possibles, etc., n’a quasiment aucun effet sur les taux de réponses auxquels font face les garçons d’origine musulmane. Autrement dit, la discrimination est encore plus forte pour ceux qui ont réussi à remplir toutes les conditions officielles de la réussite, à satisfaire à tous les codes… sauf ceux qu’ils ne peuvent changer.

    La nouveauté de l’étude, c’est de reposer sur des milliers d’offres d’emploi représentatifs des petites et moyennes entreprises (par exemple, des emplois de comptable). Ce qui explique sans doute pourquoi les résultats sont beaucoup plus négatifs – et malheureusement plus probants – que ceux obtenus avec le petit nombre de très grandes entreprises volontaires qui avaient été étudiées dans le passé. »

    Thomas Piketty, Libération, http://www.liberation.fr/futurs/2015/06/15/laicite-et-inegalite-l-hypocrisie-francaise_1330397

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