Sur internet, tout le monde sait que tu es un chien

Peter Steiner, New Yorker, 05/07/1993.

Il y a 25 ans était publié dans le New Yorker le dessin de Peter Steiner qui allait devenir la première icône d’internet. Peu après l’abandon des droits du CERN sur les outils du world wide web, en avril 1993, cette manifestation d’attention précoce de la part d’un grand média marque le démarrage du réseau, et symbolise ses nouvelles caractéristiques. La liberté égalitaire de la publication en ligne, l’anonymat des auteurs, mais aussi la promesse de l’accès à des mondes virtuels où chacun peut recréer son identité sont autant de signaux que véhicule le dialogue improbable des deux chiens devant l’ordinateur.

25 ans plus tard, devenu le premier outil de communication mondial, le web a radicalement changé. Facebook, son principal pourvoyeur d’accès, a imposé la règle de l’identité réelle. Vincent Glad décrit la condamnation récente des harceleurs de Nadia Daam sur Twitter comme «la revanche de la réalité». Et chaque usager du réseau sait que ses traces en ligne font l’objet d’une exploitation opaque et tentaculaire. Sur internet, non seulement tout le monde sait que tu es un chien, mais tes données ont déjà été vendues au marchand de croquettes.

Imprimerie, presse d’information, radio…: l’histoire de la communication est coutumière de ces renversements, où un instrument d’émancipation se métamorphose en espace de contrôle. Plutôt que l’outil, il faut incriminer les jeux de pouvoir qui viennent systématiquement investir la sphère publique, mais aussi la myopie qui attribue la puissance émancipatrice au seul canal technique, au lieu de préserver par la règle la communauté de ses usages.

3 Commentaires

  1. Comme toujours, ce n’est ni de la science, ni des techniques (en ce compris le web, les algorithmes, les robots, la prétendue IA…); c’est de leurs usage qu’il faut se méfier. Il faut se méfier de l’usage car c’est toujours les dominants qui s’en saisissent en premiers et qui les orientent pour nourrir leur avidité de maximalisation de leur profit égoïste.

  2. Je le redis (avec la discrétion qui s’impose ici…) : le samizdat a un nouvel avenir devant lui… :-)

  3. Oui, c’est bien de se voir rappeler que ce n’est pas le marteau qui enfonce le clou (ou défonce un crâne), mais celui qui tient son manche.

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