Séminaires 2020-2021

Images et sciences sociales

A l’écart du questionnement scientifique, les images ne font pas l’objet d’un corps de connaissances unifié, comparable aux études sur le langage. Partagées entre des domaines fortement hétérogènes, de l’histoire de l’art aux sciences de la communication en passant par les études cinématographiques, les approches de l’image se déploient également de façon non problématisée dans de nombreux champs culturels, comme l’enquête journalistique. Plutôt qu’un classement par types d’images ou par catégories disciplinaires, on adoptera ici une description par familles d’approches, qui permet de dégager les principes explicites ou implicites qui guident les usages (et peuvent le cas échéant se combiner).

1) L’approche iconographique, dont le modèle est l’histoire de l’art classique, est celle qui désigne l’image comme objet de l’analyse. L’interprétation des signes à partir de références culturelles forme la base d’une herméneutique autocentrée. 2) L’approche référentielle, mobilisée notamment dans les sciences naturelles, le journalisme ou les disciplines d’observation anthropologiques, définit l’image comme un support d’information, appuyée sur la relation mimétique de l’outil figuratif. Cette approche comporte une variante négative dont l’empreinte culturelle est profonde: la thèse de l’illusionnisme de l’image. 3) L’approche culturelle, illustrée notamment par les études culturelles, examine l’image comme discours construit, en mettant l’accent sur la situation d’énonciation, qui confère au message un caractère normatif ou une signification collective. 4) L’approche narrative est à l’œuvre au sein des pratiques culturelles de figuration du discours et de montage intermédial, ainsi que dans les stéréotypes les plus répandus relatifs à l’image (Bible des illettrés, image qui vaut mille mots, etc.), qui reposent sur le présupposé primitiviste d’un langage naturel de l’image.

Séminaire de tronc commun de M1, 2e semestre 2020-2021, le jeudi de 18 h à 20 h, du 4 mars au 10 juin 2021 (12 séances). Compte tenu des contraintes sanitaires, ce cours est proposé en distanciel.

 

La visibilité en crise. Les nouvelles images et l’espace public

Les effets de la numérisation des images se limitent-ils à une surproduction des formes visuelles? S’il n’est pas aisé d’observer les évolutions récentes, il existe toutefois des manifestations sociales susceptibles d’en révéler les contours. Controverse sur le selfie, la visibilité des minorités, l’extension de la reconnaissance faciale ou les violences policières: les crises, paniques morales ou emballements du débat public sont des indicateurs des tensions générées par les modifications des équilibres existants.

Ces controverses témoignent des effets des nouveaux usages des images. Elles montrent que les questions posées par les formes visuelles tiennent aux conditions de leur exposition publique, c’est-à-dire à leur visibilité sociale. Avec les textes théoriques consacrés à l’espace public ou à l’accès des minorités à la visibilité, on étudiera plus particulièrement les conflits liés à l’auto-exposition des anonymes, ainsi que l’émergence de contre-récits appuyés sur des documents visuels. Grâce aux images, ce sont les territoires du pouvoir que les crises de la visibilité interrogent, et contribuent à reconfigurer.

Séminaire de recherche ouvert aux M2 et doctorants, 1er semestre 2020-2021. Compte tenu des contraintes sanitaires, ce cours est proposé en distanciel, le jeudi de 18 h à 20 h, du 5 novembre au 11 février 2021 (12 séances) et sera limité à 20 participants. La disponibilité d’une connexion internet de bonne qualité est recommandée.