Ne pas voir le sexisme

Juste une image. Un motif de pin-up sur une chemise, portée par un physicien de l’équipe de la mission Rosetta lors de plusieurs présentations télévisées, dont l’interprétation a soulevé une véritable guerre de religion médiatique1. S’agit-il ou non d’un motif sexiste?

matt-taylor

Interview télévisée de Matt Taylor, 12/11/2014.

Après l’expression de critiques féministes jugeant le port de la chemise inapproprié dans un cadre professionnel2, suivi par les excuses publiques du savant, une vague de commentaires a submergé la médiasphère, affirmant qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat et le décrivant en victime du politiquement correct.

Parmi ceux qui tenaient à toute force à convaincre de l’inanité du cas, plusieurs amis ont fait preuve d’une irritation peu cohérente avec cette lecture, l’un d’entre eux allant même jusqu’à quitter Twitter après une conversation trop houleuse3.  (Bien sûr, dans ce cas, c’était la faute à Twitter.) L’exemplaire paradoxe de l’affaire de la chemise aura été d’en faire des tonnes pour convaincre qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

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Pour discuter utilement de ce cas, il faut commencer par admettre ses parti-pris. Je n’ai pas assisté ni participé à la première phase du débat, seulement à la seconde. J’ignore si j’aurais été choqué de prime abord par la vision de la chemise à motifs, mais il est probable que non, et que ma part de culture geek (bd, science-fiction, jeux vidéos, dinosaures et ordinateurs) m’aurait plutôt porté à considérer comme amusant et anticonformiste le port d’un tel vêtement dans ce contexte.

Mais j’apprends le féminisme. Essentiellement sur les blogs et dans les conversations en ligne, en suivant Crêpe Georgette, Mar Lard ou Mona Chollet. Même si ce combat est ancien, je vois bien que sa très faible empreinte dans les médias institutionnels (ne cherchez pas de critique féministe régulière dans Libé, Le Monde ni même Mediapart), ou la violence des réactions qui accueille le plus souvent le constat navré des discriminations sexistes attestent une conflictualité à vif. Recouvrir le combat féministe (comme le combat écologique) du manteau du politiquement correct est une triste blague, qui a à peu près le même degré de pertinence que d’accuser un abolitionniste des années 1800 d’excès de vertu.

J’apprends le féminisme par la conversation. Et ce que je vois, c’est toujours le même paradoxe d’une relativisation (c’est pas ça, c’est pas le vrai problème, c’est exagéré, c’est juste une chemise, c’est juste une pin-up, c’est juste une image, c’est du second degré, c’est de l’humour, etc…) qui revient à nier l’existence même du problème, mais qui mobilise une passion démesurée, des références déplacées, et rapidement des insultes aussi vaines que gratuites. Pas vraiment une manière convaincante de persuader du caractère mineur de la question.

L’argument de la relativisation est le principal obstacle auquel se heurte toute revendication féministe. Il faut bien comprendre ce qu’il signifie: que le féminisme reste une affaire de femmes, et pas l’affaire de toute la société. Ceux qui le disent, ce sont bien sûr des hommes, détenteurs régaliens des clés de la vraie hiérarchie, et seuls à même d’expliquer aux ignorants comment ils doivent poser le problème («La cause féminine a sans aucun doute des combats plus importants à mener4»).

Il s’avère que je suis l’heureux possesseur d’un t-shirt avec un motif de pin-up (ma part de culture geek). Et que sans avoir jusque-là clairement perçu sa dimension sexiste, il n’en était pas moins évident pour moi que ce motif est provocant, et qu’il aurait été déplacé de porter ce vêtement dans mes séminaires à l’EHESS (où il m’arrive en revanche de porter des t-shirts ornés de dinosaures ou d’une fusée).

Bref, juste une image. Mais pas n’importe quelle image. Une image de jeune femme dans une posture de provocation et de disponibilité sexuelle, issue d’une tradition visuelle manifestement machiste, transformée par la culture geek en référence légitime, avec des connotations de nostalgie fifties, d’impertinence par rapport à la culture distinguée, et le charme discret de l’affirmation du pouvoir mâle, tempéré par l’humour du second degré.

Une image sexiste. Pas un crime contre l’humanité – Tintin aussi est sexiste, en fait la plupart de nos références culturelles le sont, puisqu’elles sont issues d’une culture patriarcale, on ne va pas pour autant jeter tout l’art occidental à la poubelle. Mais une image qui peut choquer, pourquoi ne pas le reconnaître, pourquoi refuser à l’expression de la sensibilité féministe le droit à l’existence, pourquoi la travestir en trépignement de ligue de vertu? («Il me semble que certains se montrent exagérément sensibles lorsqu’ils exposent leur ressenti.»)

Pourquoi, sinon parce qu’on n’aperçoit pas du tout le caractère sexiste de cette image. Et qu’on refuse, malgré les protestations de relativisme, d’admettre que celle-ci puisse être perçue autrement que comme un clin d’oeil culturel.

Non, ce n’est pas la faute à Twitter. L’aveuglement est bien réel, documenté, justifié en long et en large.

Ma lecture de ce cas est la confirmation du profond sexisme de la culture geek, qui s’est manifestée au grand jour lors du récent “gamergate5. Une confrontation majeure d’opinions féministes et masculinistes autour des jeux vidéos, territoire d’une imagerie machiste omniprésente, à l’occasion de quoi on a pu entendre les premiers adieux à la culture geek (ou nerd). Il faut lire le témoignage d’insider de Pete Warden, qui diagnostique avec lucidité la chute de ceux qui «se sont toujours conduits comme l’Alliance rebelle, alors qu’ils sont devenus l’Empire»6.

L’aveuglement est un terrible aveu de défaite. Je ne me résous pas encore à abandonner ce qui a très largement participé à construire mon identité d’adulte. Mais déjà le cœur n’y est plus. Je ne peux plus être fier de ma culture, que je croyais avancée – la culture geek, c’était l’alternative à la culture distinguée, l’amour des formes populaires, de la technologie, de la science et de la modernité. Elle m’apparaît maintenant comme un moment de l’histoire, et plus comme mon environnement naturel. La mutation est engagée, et la chemise de Matt Taylor est un clou du cercueil. Non, ce n’était pas un détail. Juste le refus de voir le sexisme d’une image.

  1. Tomberry, Don, “#Shirtstorm”, Know Your Meme, 16/11/2014. []
  2. Dr24hours, “That Shirt”, Infactorium, 13/11/2014. []
  3. Jean-noël Lafargue, “L’affaire de la chemise qui tue”, Castagne, 18/11/2014. []
  4. Alain Korkos, “Rosetta, les pineupes et les perroquets”, Arrêt sur images, 20/11/2014. []
  5. Boris Manenti, “#Gamergate: le jeu vidéo est-il sexiste?”, Obsession, 23/09/2014; Etienne Robert, “Les gamers contre la société”, Merlanfrit, 27 septembre 2014. []
  6. Pete Warden, “Nerd culture is destroying Silicon Valley”, Quartz, 13/10/2014. []

59 Commentaires

  1. Puisque nous sommes tous censés interpréter les images de la même manière, personne ne s’est indigné du fait que la personne qui figure sur cette chemise brandit à plusieurs reprises sur une arme à feu ?

  2. Non.

  3. Le refus de voir l’aspect pro-armes d’une image ?

    Plus sérieusement, je vois sur cette chemise l’exact opposé des clichés de la femme qu’on diffusait au public il y a quelques décennies, avec la jupe longue, le col roulé et la machine à laver. Je vois des femmes qui s’assument, qui combattent, même ; à défaut de porter la culotte, elles portent carrément une arme ; l’homme (en mode robot-esclave) est en arrière plan, comme un assistant protégé par ces demoiselles. Elles portent effectivement les mêmes vêtements que Rihanna, Beyonce et autres chanteuses pour ados mais avec une expression qui nous dirait : « si tu me touches, t’es mort ». C’est une chemise qu’aurait pu porter un militant féministe… si on ne lui demandait pas de s’en excuser.

  4. La confusion des représentations féminines chez les hommes semble en effet être un facteur déterminant de la mésinterprétation.

    Comme le suggère l’échantillon iconographique de mon billet, qui reproduit des standards de la pin-up des années 1950, par des maîtres du genre, ta chronologie « des clichés de la femme qu’on diffusait au public il y a quelques décennies » est fantaisiste. Il n’y a pas de succession temporelle entre la ménagère et la pin-up, mais coexistence de deux stéréotypes mobilisés dans des contextes opposés (la ménagère continue de se manifester dans les pubs pour lessive, qui ciblent la femme au foyer, la pin-up s’expose dans les calendriers ou les dépliants destinés prioritairement à des environnements masculins).

    On se reportera à mon billet « Généalogie de la playmate » pour se souvenir que la pin-up n’est pas simplement la représentation d’une jolie fille, mais un genre éditorial qui a une histoire précise, et dont les principaux ressorts sont: 1) une modification substantielle de l’apparence, 2) une érotisation par un jeu de postures irréelles et stéréotypées. En résumé, les pin-up ne sont pas des “vraies” filles, ce sont des fantasmes érotiques, explicitement produits pour exciter le désir des mâles. Nier leur caractère sexiste est donc un exercice difficile, sauf à mobiliser des arguments dont je suis content que tu reconnaisses toi-même qu’ils ne sont pas sérieux.

    La présence d’armes sur la motif de la chemise correspond à une figure standard, dont le catalogue du fabricant, qui propose également des vêtements illustrés de geishas, de sirènes, de cow-girls, etc., permet de mesurer le caractère stéréotypé. Tu peux taper « Gunner girls » sur Google images pour vérifier qu’il s’agit d’un fantasme érotique bien identifié par les éditeurs (qui n’ont pas les yeux dans leur poche).

  5. que penser de certaines peintures de Erro? Imaginons que soient sérigraphiées sur la chemise du physicien l’une de ses peintures où des images de pin up remplissent parfois la surface! y aurai-t-il eu autant de reactions?

  6. Bonjour André,

    Une petite précision, donc, sur ce que je voulais dire en te renvoyant à la préface de Mademoiselle de Maupin [toujours y revenir, tout la bêtise d’une société y est décrite ;-)]

    Il ne s’agissait pas seulement de te renvoyer au « trépignement de ligue de vertu », même si ces comportements y font largement penser. À force de poser comme problème premier les petits problèmes de chaque individu en oubliant que ces individus vivent dans une société, on va finir par interdire à peu près tout ce qui existe, car il y a toujours quelqu’un qui le considère « offensive », ou qui pense que ça peut être « offensive » pour quelqu’un…
    D’où une société de la méfiance et de la surveillance pour s’assurer que personne ne dit rien d' »offensive » (cf dernièrement la loi sur le terrorisme pour empêcher qu’un individu parle de choses qui pourraient vaguement avoir un lien avec un bidule qui pourrait peut-être in fine mener au terrorisme ou pas) – pas exactement le genre de monde dont je rêve. Mais peut-être cette pensée est-elle « offensive »…

    Non, de manière plus légère, je suis toujours très étonné par un biais des militants, de quelque bord que ce soit, qui considèrent les symboles comme plus importants que la réalité. Dans le cas qui nous occupe, nous parlions de Jean-No, qui a donc été « bullied » jusqu’à quitter Twitter parce qu’il a eu l’impudence de poser des questions sur la fameuse chemise sans poser a priori qu’elle constitue un problème pour la condition féminine.

    Je disais donc que j’y vois de manière assez précise la transposition de ce que Gautier décrit à son époque, à savoir le rejet de la littérature « immorale » par la « bonne pensée », et en particulier du meurtre dans le roman :
    Gautier écrit, sérieusement, mais avec humour et une plaisante exagération : « Les feuilletonistes sont bien vite arrivés à l’odeur comme des corbeaux à la curée, et ils ont dépecé du bec de leurs plumes et méchamment mis à mort ce pauvre genre de roman qui ne demandait qu’à prospérer et à se putréfier paisiblement sur les rayons graisseux des cabinets de lecture. Que n’ont-ils pas dit ? que n’ont-ils pas écrit ? — Littérature de morgue ou de bagne, cauchemar de bourreau, hallucination de boucher ivre et d’argousin qui a la fièvre chaude ! Ils donnaient bénignement à entendre que les auteurs étaient des assassins et des vampires, qu’ils avaient contracté la vicieuse habitude de tuer leur père et leur mère, qu’ils buvaient du sang dans des crânes, qu’ils se servaient de tibias pour fourchette et coupaient leur pain avec une guillotine »
    Mais, pourtant, les auteurs de ces romans… ? « Et pourtant ils savaient mieux que personne, pour avoir souvent déjeuné avec eux, que les auteurs de ces charmantes tueries étaient de braves fils de famille, très débonnaires et de bonne société, gantés de blanc, fashionablement myopes, — se nourrissant plus volontiers de beefsteaks que de côtelettes d’homme, et buvant plus habituellement du vin de Bordeaux que du sang de jeune fille ou d’enfant nouveau-né. — Pour avoir vu et touché leurs manuscrits, ils savaient parfaitement qu’ils étaient écrits avec de l’encre de la grande vertu, sur du papier anglais, et non avec sang de guillotine sur peau de chrétien écorché vif. »
    La violence qui s’est déchaînée à l’égard de Jean-no (et de quelques autres) m’a fait penser à ce passage. JN a une femme et des filles, tout le monde sait qu’il est ouvert, libéral, qu’il enseigne à des jeunes filles/femmes sa journée durant, qu’il n’a rien d’un tyran domestique, qu’il ne traiterait jamais ses filles différemment d’un garçon… Mais peu importe, il a dit ce qu’il ne fallait pas dire (même pas : il a posé une question, dont la réponse est si évidente à certains qu’il ne faut plus s’interroger), cela en fait un affreux masculiniste qui cherche certainement à asservir la Femme. Le soir, il lit des rapports sur la condition féminine en Afghanistan et part d’un grand rire au clair de lune. Il brûle des livres de Simone de Beauvoir et joue aux fléchettes sur un portrait de Malala Yousafzai.

    Tout cela, parce que, finalement, ce n’est pas cette histoire de chemise qui est importante (pour l’homme de la rue, ce « scandale » oscille entre le pitoyable et le ridicule http://www.arretsurimages.net/breves/2014-11-20/Rosetta-les-pineupes-et-les-perroquets-id18226), c’est juste d’être rassuré que ses croyances sont les bonnes – et cela signifie parfois sacrifier un bouc émissaire (le scientifique en question à l’échelle mondiale ; JN à l’échelle d’une micro-communauté), même si la réalité qui se trouve devant nos yeux ne correspond pas à la croyance. JN n’est pas masculiniste ni sexiste mais il devait être sacrifié – cela renforce notre identité et notre groupe. L’auteur de romans charognes est un bon bourgeois mais devait être dénoncé pour ses turpitudes (imaginaires, en tout cas littéraires) – cela renforce les tenants de l’ordre moral 1820.

    Et tu as compris que cette violence, cette défiance systématique vis-à-vis de l’autre pour ce qu’il est est (et non ce qu’il fait) ne me plaît pas.

  7. André, tu as démontré que le port de cette chemise pouvait être perçue comme sexiste, je t’ai démontré l’inverse. Les individus ne perçoivent décidément pas les choses de la même manière.

    À l’image de ce que tu as parfaitement écris et documenté dans cet article, le féminisme éduque et sensibilise pour faire évoluer nos perceptions (en influant sur nos connaissances). Mais sans doute existe-il assez d’hommes sexistes pour ne pas s’acharner sur quelqu’un qui n’a pas voulu l’être. Au fond, ce qui te choque dans cette affaire, c’est le nombre de personnes qui ne perçoivent pas le côté sexiste de la chemise alors que ce même nombre est précisément la preuve que la volonté sexiste de ce monsieur n’est pas démontrable.
    Être armé pour combattre le sexisme, c’est très bien mais encore faut-il viser juste afin que cette lutte soit soutenue par toujours plus de monde.

  8. Il n’y a pas que sur la chemise que nous n’avons pas le même sentiment. Je ne partage pas non plus la commisération de ceux qui s’arrêtent au premier acte de la tragédie, plaignent le pauvre savant obligé de faire amende honorable (quel drame!), et considèrent par conséquent que le vainqueur est ce moralisme sans frein ni mesure caché derrière un masque militant. Je pense au contraire, comme l’écrit Christophe, que « le nombre de personnes qui ne perçoivent pas le côté sexiste de la chemise » est plus élevé que l’inverse, et que ce sont donc ceux qui ont renvoyé les féministes à leurs fourneaux qui l’ont emporté, car, comme il le suggère, elles n’ont pas convaincu (et moi non plus). A titre d’illustration, on peut remarquer que, sur le post de Jean-no comme sur le mien, l’expression du point de vue féministe est rare, sinon absent.

  9. Et bien entendu, critiquer ce lynchage n’a rien à voir avec la négation du sexisme ou l’anti-féminisme. Tu ne l’as pas écris, mais je suis sûr que tu l’as bien compris, André.

  10. Mais enfin, relisez Jean-no

    « je vois que certains, à présent que les conversations ont disparu, supposent que j’ai été victime d’une horrible cabale… Ce n’est pas le cas, j’ai juste vécu une conversation frustrante avec cinq ou six personnes, .. »

    Il n’a pas été « bullied », ni lynché… et il n’est pas un bouc émissaire.

  11. Je m’étais promis de m’en tenir à deux articles de blogs et de me retenir de discuter à nouveau, mais c’est difficile, quand même, presque irrésistible.
    Car si je n’ai pas envie de discuter de la chemise, puisque je vois bien que ceux qui me répondent me lisent en projetant sur moi un discours que je n’ai pas tenu, j’ai envie de répondre au commentaire de @lazette (que je ne pense pas connaître), et préciser un peu les choses.
    Alors effectivement, comme je l’ai écrit, je n’ai pas été victime de cabale, je suis parti avant que ça puisse arriver.

    Pour appuyer ce que dit RM plus haut, j’ai vu venir une mécanique détestable où une personne (une vraie personne, pas juste un pseudonyme, mais quelqu’un qui est dans l’annuaire, dont tout le monde connaît le lieu de travail, etc.) est utilisée pour unir un groupe : tous contre un, on est ensemble parce qu’on a le même adversaire (et comme de bien entendu, cet adversaire sera réputé oppresseur) !
    Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un processus conscient, mais venant de gens avec qui on a des rapports de longue date (jusqu’à une dizaine d’années), qui parfois me connaissent extrêmement bien, qui parfois ont mangé chez moi, connaissent ma femme et mes enfants, ou qui me fréquentent suffisamment en ligne pour connaître mes qualités, mes défauts, mes forces, mes failles, mon entêtement, mon flegme (qui avait des limites, donc),… eh bien oui, je l’ai un peu mal pris.
    Non pas comme quelqu’un de simplement vexé, mais plus comme quelqu’un chez qui ça remet en cause beaucoup de choses. C’est comme si j’avais subitement perdu mon regard un peu niais sur le monde. Je déteste l’expression « bisounours » mais souvent, je ne suis pas loin de mériter qu’on me qualifie de cette manière, et je revendique ma naïveté, je m’efforce d’avoir un regard frais sur le monde.
    Cette micro-affaire a mis bien des choses en cause chez moi, et m’a ramené aux souvenirs de cour de récré qui m’avaient convaincu, dès l’âge six ans (même si ce n’est que bien plus tard que j’ai pu le formuler ainsi), que le fascisme n’est pas une idéologie, mais avant tout une part du cœur humain, capable de remonter d’un coup si les conditions s’y prêtent. J’espère ne pas avoir été souvent dans ce rôle-là moi-même.

    Ce qui m’embête aussi c’est qu’on me dise en gros « tu as fait du mal en posant cette question », alors que j’ai la furieuse impression (qui motivait ma question, il est vrai) que pour beaucoup, la chemisette était choquante à titre purement symbolique/théorique, et en tout cas je n’ai trouvé personne pour me dire « j’ai trouvé ce motif répugnant » autrement qu’en termes de bon/mauvais goût. Je n’ai pas trouvé de filles (et j’ai interrogé étudiantes/collègues) pour me dire : « en tant que femme je me sens rabaissée par cette image ». Par contre j’ai trouvé beaucoup de gens pour dire « cette image ne m’a fait ni chaud ni froid, puis j’ai lu tel article… et donc j’ai compris que je devais être choqué ».
    Quand on me dit que les seules femmes présentes dans la mission Rosetta étaient sur la chemise du chercheur, je comprends très bien l’argument et en quoi c’est gênant, emblématique, etc. Je suis pourtant persuadé que ce n’est pas pour exprimer ça que le chercheur a porté cette chemise, mais ça, c’est une conviction personnelle et je respecte ceux qui me disent qu’ils ont une autre perception des choses.

    Bon, après, je n’en veux à personne de mon aventure, pas même à moi-même, les mécaniques de groupe nous échappent, et comme elles m’ont toujours fait très peur, j’ai préféré m’échapper longtemps avant qu’elles ne dégénèrent (et donc avant de pouvoir réparer quoi que ce soit, pour une fois).
    Je ne m’attends pas à ce que les lignes qui précèdent soient totalement comprises, ceux qui ont envie de me détester ou en tout cas de se trouver le beau rôle m’auront forcément lu en cherchant l’erreur, le truc insupportable qui prouve que je suis un affreux, que je suis de mauvaise foi, etc.
    Mais je sais assez bien, moi, où j’en suis.

  12. Salut Jean-no, ta mise au point est bienvenue, puisque ton cas fait débat. Toutefois, ta mésaventure n’est pas pour moi au cœur de ce qui fait l’exemplarité de ce cas. Mon billet recentre la discussion sur l’interprétation de l’image, puisque tout part de là (je ne comprends pas grand chose aux arguments de RM ci-dessus, qui partent dans tous les sens, et en tout cas pas dans le mien…).

    Ce que je trouve intéressant, c’est que tu expliques que tu as demandé l’avis de plusieurs personnes (« j’ai interrogé étudiantes/collègues ») pour te faire ton idée. De même que ta question initiale sur Twitter avait pour objet de vérifier le caractère choquant de l’image. En d’autres termes, tu n’étais pas sûr à 100% de sa signification, et tu voulais en tout cas vérifier tes impressions.

    J’ai de même précisé ci-dessus que mon sentiment à la seule vue de l’intervention du savant n’aurait probablement été critique (c’est une hypothèse), autrement dit que mon avis s’est forgé a posteriori, en tenant compte des avis exprimés.

    Rien de plus normal que cette élaboration empathique. Il y a différentes catégories d’images, toutes ne supposent pas des procédures équivalentes. Mais dans ce cas, qui est exemplairement une image sociale, la construction de sa signification est collective et dynamique (et mon intervention, comme la tienne, participent activement à sa lecture).

    Cette image n’“existe” pas préalablement à la polémique: elle est constituée par la polémique. A partir du moment où s’exprime l’idée que cette image pourrait être une agression pour quelques-uns, deux camps se forment, qui orientent, alimentent et radicalisent le débat.

    De mon côté, mon opinion s’appuie sur l’histoire culturelle (la tradition de la pin-up est clairement sexiste) et l’analyse de discours (qui fait ressortir l’argument de relativisation). Mais elle s’élabore aussi à partir de la dynamique des camps, par sympathie pour la cause féministe, et par antipathie pour les arguments qui minimisent le problème du sexisme. Ton tweet, que je me souviens avoir repris de façon critique (avant de quitter la conversation), a donc participé de ma radicalisation, de même que la suite de la discussion sur le blog bien nommé Castagne.

    Le billet ci-dessus me sert comme souvent d’abord à préciser et à clarifier ma propre opinion. Il constitue lui aussi une étape dans la constitution dynamique de l’interprétation. Ce qui me pousse à le rendre public est le sentiment d’une utilité sociale, dans la mesure où l’image fait l’objet d’un débat. Tous ces facteurs participent donc à l’élaboration collective d’une signification qui ne peut pas être univoque, mais qui doit plutôt être comprise comme le miroir du conflit qui oppose les camps en présence – une image biface, donc, au sens premier du terme un symbole.

  13. En fait, on en a marre, marre d’être représentées à poil, dans des liens de cuir, nichons à l’air. Ça a beau faire rêver je ne sais pas qui, le fait est que je n’ai pas vu bcp de chemises avec des hommes luisants d’huile, les jambes écartées. Dans le monde des bisounours, on pourrait imaginer que chacun et chacune portent ses fantasmes sur sa chemise, fantasmes de domination compris, la réalité est que ça ne se passe que dans un sens. Et ma foi quand c’est un scientifique qui porte le dessin, ça a beau être plus rigolo qu’un costard, ben ça fait chier parce qu’on l’imagine (bêtement) plus malin que les autres. Jean-No, on sait très bien que c’est pas un macho de base, et le fait est qu’il doit avoir raison: le mec n’a juste pas réflechi, pas vu, et bien ça fait chier. Le dire, ben ma foi… si ça pouvait permettre au prochain scientifique original de réfléchir, ce serait pas plus mal. Voilà, c’est à peu près tout.

  14. Si j’ai fini par intervenir c’est bien sûr après les interventions de @lazette et RM qui évoquent mon cas, mais je sais bien que ce n’est pas le fond de ton billet.
    Pour revenir à l’image, alors, évidemment que la pin-up est un motif sexiste, mais pas seulement, c’est aussi une tradition vieillotte bien identifiée, et qui a à mon avis perdu pas mal de sa possible violence (aux femmes de le dire), comme peut-être le feront un jour les pochettes de disque de gangsta rap… ? C’est bien pour vérifier ça que j’ai posé la question, d’abord sur Twitter et puis à d’autres femmes.
    Bien entendu, il est évident aussi que nous ne vivons pas dans un monde où le même chercheur portera sans s’attendre à faire jaser (puisque là il ne s’y attendait pas) une chemisette avec des motifs cuir moustache dessinés par Tom of Finland. C’est bien un marqueur parmi des millions (le costume-cravate, obligatoire pour les hommes ou les talons hauts et le maquillage pour les femmes aussi, à mon avis) d’un déséquilibre entre les sexes. Et j’imagine bien qu’une petite fille qui ouvre les yeux sur la société dans laquelle elle vit doit trouver bizarre qu’on juge amusant de montrer la jupe des femmes que le vent soulève, et pas celles des hommes à qui d’ailleurs on ne demande pas de porter de jupes (tandis qu’il y a des métiers où il est difficile pour une femme d’y échapper – ceci dit, sauf pour les joueurs de cornemuse, il est encore plus impossible à un homme de porter une jupe, ce qui participe du même besoin de savoir clairement qui sont les hommes et qui sont les femmes, donc du sexisme).
    Tout ça est certain, mais la simple condamnation, qui sert, certes, à compter ceux qui s’accordent, ne peut pas suffire pour régler le problème. Ou en tout pas longtemps, ça intimide un peu, ça fait réfléchir, espérons au moins ça, mais à quel point, et dans quel sens ? Il me semble que cette affaire, même en jugeant que la chemise du type est un symptôme, le produit du sexisme ambiant, il me semble qu’il était possible de se pencher sur le cas avec distance car, sans dire « les grands combats sont ailleurs », on a quand même l’impression que le gars a payé pour tout le monde.

  15. On a bien compris ton point de vue. C’est dommage de penser que le débat s’arrête au stade du « gars qui a payé pour tout le monde », sans voir qu’il y a une suite: la vague de dénonciation de la tyrannie du “politiquement correct”. Je suggère de jeter un coup d’oeil sur ce post de 9gag, qui traite les féministes de « feminazi », pour vérifier que la violence n’est pas que du côté des adversaires du sexisme: http://9gag.com/gag/avZ6WNW

    A ce stade, je ne crois pas qu’on puisse parler d’une victoire du féminisme, ça a plutôt l’air d’un fiasco. La vox populi, de l’avis même de RM (qui identifie le pauvre Alain Korkos avec « l’homme de la rue ») est masculine, et favorable à la relativisation, autrement dit à l’option qui consiste à ranger pin-up et sexisme dans la catégorie des tracas secondaires. La morale de l’histoire de la chemise, ce n’est pas que les féministes sont des emmerdeuses, mais plutôt que, comme toi, beaucoup d’hommes ne se sentent pas concernés par le sexisme.

  16. Ben, Matt Taylor ne peut pas être responsable des inversions relativisantes du style du post de 9gag qui entendent le défendre, pas plus que du gamergate, dont la gravité et la violence sont évidemment indéniables. Je ne fais pas partie des gens qui disent que les trolls misogynes du gamergate sont comparables aux gens qui ont insulté Matt Taylor, car les deux situations s’inscrivent dans des histoires différentes, et puis si Matt Taylor s’est fait insulter, il s’est aussi fait défendre (et notamment par de nombreuses femmes), et il n’a je pense pas reçu de menaces de viol, on lui a juste fait honte, ce qui peut être pédagogique (mais à quel point était-ce proportionné ?).

    La notion de political correctness est intéressante, et on aurait tort de n’en conserver que le sens péjoratif. Quand elle a connu le succès aux États-Unis il y a trente ans (?), elle affirmait qu’il fallait prendre en compte la sensibilité des gens en faisant attention aux mots et aux symboles qu’on emploie à leur propos. Et pourquoi pas ? Changer le langage, censurer certaines habitudes, c’est très bien.
    Mais ça peut se retourner contre ceux que ça entend défendre, qui peuvent avoir l’impression, dans un second temps, d’être ménagés de manière stigmatisante, et de voir leur situation devenir un euphémisme : il n’est pas rare d’entendre « Je déteste qu’on m’appelle mal-voyant, je suis aveugle ». Toutes ces choses évoluent dans le temps, et la considération et le tact peuvent se transformer en une brutale hypocrisie, quand la brutalité peut être une manière de prendre en compte les gens (on dit souvent ça de Coluche) mais peut ensuite à nouveau être à nouveau retournée (comme quand les gens disent : « ouais mais Coluche il disait la même chose, pourquoi pas moi ? »), etc.
    Et puis surtout, le politiquement correct peut aboutir aussi à des positions insincères, car pour que la pensée ne dépasse pas les mots, il faut que ces mots soient un peu sincères, ce qui est difficile surtout dans les pays de tradition catholiques où on sépare assez naturellement ce que l’on dit de ce que l’on fait – c’est un peu déterministe/raciste de dire ça mais ça a toujours heurté ma part scandinave/protestante même si une fois chez les scandinaves protestants je trouve insoutenable leur rigidité morale : avantage d’être entre les deux, on trouve que tout le monde a tort.

    Ce soir j’ai fait la fête avec des gens de mon âge, et je ne sais pas si c’est l’euphorie de la boisson ou si j’étais intimidant (normalement non, ce sont des gens qui me pratiquent depuis trente à quarante ans), mais une fois de plus, aucune femme ne se jugeait remuée, outrée, par la chemise qui fait débat. Je leur ai expliqué les arguments qui accablent le chercheur, et elles les ont compris, mais sans voir en quoi ça méritait scandale.
    Et là, comme je viens de boire pas mal (la première partie du texte a été écrite à jeun), je suis obligé d’arrêter. Normalement je raconterais ça sur Twitter, mais bon.

  17. Attribuons à l’alcool le caractère brumeux de ton dernier commentaire… ;) Ça me fait toujours bien rire que tu invoques ta culture scandinave et protestante comme un talisman druidique. Il s’avère que je suis fils d’un Hollandais de Den Helder et que j’ai moi aussi reçu une éducation religieuse protestante. Nos positions adverses montrent que ces déterminants biographiques n’apportent pas grand chose au débat, sinon un peu plus de confusion…

    Ce qui m’apparaît en revanche clairement, c’est que tu ne comprends manifestement pas ce qu’est le sexisme, que tu assimiles à la distinction de genre (« ce qui participe du même besoin de savoir clairement qui sont les hommes et qui sont les femmes, donc du sexisme »), alors que ce terme désigne une discrimination liée au sexe. C’est la même chose que de confondre l’existence de différences entre des groupes humains avec le racisme, qui est le fait d’établir une hiérarchie à partir de ces différences (les noirs sont inférieurs aux blancs). Comme le racisme, le sexisme est l’expression d’une situation de domination qui infériorise les femmes en raison de leur sexe.

    Un costume-cravate n’est pas sexiste, car son port n’est nullement dégradant, c’est simplement une convention vestimentaire de genre. En revanche, représenter une femme dans une posture lascive et provocante a un caractère humiliant et avilissant (le bon test pour vérifier si un contenu est sexiste est de s’imaginer un homme dans la même posture). Le fait que cette image devienne un stéréotype n’atténue pas ce caractère dégradant, comme tu as l’air de le croire, mais constitue une attestation supplémentaire du sexisme de la société, en démontrant le pouvoir des hommes d’imposer aux femmes leurs représentations.

    Ce qui m’apparaît également, c’est que tu as beau insister sur le fait que tu poses beaucoup de questions, tu ne retiens visiblement que les réponses qui t’arrangent. Celles que tu as reçu de féministes sur Twitter, la mienne ou celle d’Alexie ci-dessus, qui répondent pourtant à ton interrogation de manière claire (« on en a marre d’être représentées à poil, dans des liens de cuir, nichons à l’air »), tu n’en tiens pas compte, tu les nies ou tu les relativises. A quoi bon des questions si l’on n’écoute pas les réponses? Ce que tu cherches n’est que la confirmation de ce que tu croyais dès le départ, à savoir que la chemise n’est pas choquante.

  18. Je crois que le point de départ vient des deux interprétations possibles que l’on peut donner au sens du mot « choquant ». Je cite wikipedia : Qui offense, qui déplaît par son immoralité ou son inconvenance. »
    A mon avis, certaines personnes emploient « choquant » dans le sens « déplaisant », d’autres dans le sens « offensant ». Et c’est là toute l’absurdité du débat qui nous déchire depuis cette semaine.
    Je ne voulais pas trop m’investir, car même si je ne connais aucun des protagonistes irl, je vous fréquente tous depuis plusieurs années sur Twitter et vous apprécient.

    Moi-même, lorsque jean-no a posé la question « trouvez-vous cette chemise choquante ? » j’ai répondu « non, juste très moche ». J’avais bien saisi le caractère esthétique de la question, connaissant jean-no et son travail ça me semblait évident.
    Cependant, et c’est là que tout le problème se trouve, avec une telle image on ne peut pas en rester uniquement sur l’aspect esthétique. Et la question « trouvez-vous cette chemise choquante ? » a ainsi besoin d’être complétée, précisée.
    Sur Twitter j’ai d’ailleurs précisé a posteriori ma réponse, après le départ de jean-no. A mes yeux les dessins de cette chemise ne sont pas choquants car je les connais déjà, ils ne me sont pas nouveaux, et pour être choquée il faut aussi que je sois surprise ; je mêle le choquant à l’inattendu en gros.

    Pour autant, si ensuite on me pose les questions « cette chemise avec cet imprimé est-elle appropriée en tant que vêtement porté en société, et peut-elle être portée par un scientifique lors d’une interview télévisée ? » Je réponds sans hésitation « non, personne ne devrait porter cette chemise, elle est sexiste, dégradante, véhicule des clichés, et me fait sérieusement douter du professionnalisme du monsieur qui la porte à la tv ».

    Ainsi, on peut tous ergoter pendant des mois entiers, mais jean-no, tu ne peux pas t’arrêter à la question esthétique, c’est intellectuellement « malhonnête ». Tout comme il n’est pas possible de présenter un film, disons « Autant En Emporte Le Vent », à une classe sans aborder le thème de l’esclavage (même si on pourrait parler pendant des heures des belles robes des personnages féminins).
    Et poser cette même question initiale à tous les gens que tu croises n’y changera rien (d’autant plus que je n’en saisis pas le but, si ce n’est le souci de te constituer une majorité indéniable ?)

    Bon, mon propos n’est pas aussi limpide et cohérent que je le souhaiterais, j’espère tout de même qu’il sera compris.

  19. « Le problème n’est pas de ne pas voir le sexisme, il est de ne pas le comprendre, voire de ne pas vouloir le comprendre. » (André)

    Je suis assez d’accord avec ça — et je l’avoue : je ne comprends pas tout, je suis aussi cette discussion pour apprendre, pas seulement pour donner mon ressenti. Mais justement, pour mieux comprendre le sexisme, peut-être que le cas du port de cette chemise par Matt Taylor n’est pas le bon exemple car sujet à une interprétation préalable, à l’évidence trop « subjective » dans ce cas précis (pas sûr que « subjective » soit le bon mot, mais bon…). Pour ceux qui ne voient pas de démarche sexiste dans cette affaire (peut-être par incompréhension du sexisme, je ne sais pas…), l’effet de sensibilisation peut même s’avérer contreproductif et virer à l’agacement vis-à-vis du féminisme. Alors qu’il y a surement un paquet de cas beaucoup plus évidents à démontrer et donc à comprendre.

  20. @Christophe: Si on suit régulièrement les blogs féministes, on trouve très souvent une expression similaire à la tienne, qui dénie au cas soulevé sa légitimité, son importance, ou sa signification. Je pense qu’il faut comprendre que cette attitude est un préalable, et qu’elle constitue en réalité une manifestation du sexisme.

    D’une part, je l’ai expliqué, nous sommes face à la construction d’une image sociale: la chemise n’est pas une image indépendante, elle devient un scandale dans le contexte d’un événement mondialisé. Contrairement à la présentation biaisée type Jean-no, on ne s’intéresse pas à une chemise hawaïenne, mais à l’expression publique multidiffusée d’un représentant d’une des plus importantes missions scientifiques de la décennie. Il n’y a donc rien d’incompréhensible à accorder une signification élevée à sa visibilité.

    Mais surtout, que serait un « bon » exemple de sexisme? Je crois qu’il suffit de poser la question pour se rendre compte que c’est une aporie. Si l’on considère a priori la discrimination sexiste comme un problème secondaire, il n’y aura jamais de cas suffisamment important pour mériter l’attention publique.

    Ce n’est pas comme ça qu’il faut poser la question. Ce n’est pas la chemise qui compte, c’est le débat qu’elle a suscité. La démonstration de l’importance accordée à ce cas est apportée par la discussion publique – y compris, je l’ai dit, par son expression négative, autrement dit le fait qu’un certain nombre de gens passent beaucoup de temps à contredire les protestations féministes. Il fallait bien que cet exemple soit suffisamment significatif pour y consacrer tant d’énergie.

  21. @André : Si je n’ai pas tenu compte du commentaire d’Alexie (effectivement), c’est que je saisissais celui qui a suivi et donc que je ne ne l’ai pas lu ni n’y ai répondu. Et ensuite, ma foi, je n’ai pas grand chose à y répondre, ce commentaire apporte un point de vue fort clair, à la fois distancié et personnel, donc utile. Je note qu’Alexie souhaite que l’affaire serve pour l’exemple, ce qui n’est pas si loin (mais plus positif) de l’idée de payer pour les autres.
    Je ne cherche pas le confirmation que la chemise n’est pas choquante, je vois bien qu’elle l’est pour certains et pas pour d’autres, j’essaie de déterminer dans quelle mesure et à quelle intensité. Il m’arrive très souvent (en me mettant à la place de mes filles, quoi), de me sentir révolté en voyant des femmes représentées comme des objets. Dans une pub, dans un clip, sur une affiche publicitaire, etc. Or là, je ne peux pas le cacher, je ne me suis pas senti remué, et je sais que je ne suis pas unique, mais on me répond, en gros, qu’il vaut mieux que je me taise, en m’opposant des raisons essentiellement théoriques, voire même théoriciennes. Enfin c’est vrai, la phrase que tu cites d’Alexie est on ne peut plus claire et ne relève pas de la posture mais bien d’un ras-le-bol que je n’ai aucun droit de négliger et qui me semble très représentatif de ce que pense l’immense majorité des femmes que je connais.

    Si tu crois que tu m’étonnes en me disant que tu as ta part de culture protestante, eh bien pas tellement, non ! Et alors tu es donc bien placé pour savoir que ce sont des mentalités assez différentes.
    Ma remarque sur la culture catholique (dont je suis aussi tributaire, bien sûr, j’ai grandi dans un pays qui en est fortement emprunt) ne s’adressait pas spécialement à toi ni à quiconque dans le discussion, elle était générale et pragmatique : les gens qui ont une culture catholique ne sont généralement pas aussi entiers que les protestants, ils séparent assez nettement les principes des faits, et je crois donc que le politiquement correct n’y a pas la même efficacité potentielle que dans des pays où on est habitué à se forcer à agir et à penser en fonction de ce qu’on dit, et où les autres vous y forcent.

    Sur la différence entre sexisme et distinction sexuelle, on peut discuter longtemps : le fait qu’il existe des uniformes sexuels tellement intégrés que les permuter nous expose au scandale ou au ridicule montre qu’ils n’ont précisément rien de neutre. Je te fournis un exemple : la série Cosmos 1999, dont la première saison était britannique, universaliste, utopique, progressiste, ne hiérarchisait pas les rôles en fonction des sexes ou de la couleur de peau. Or tout le monde avait le même vêtement, un seyant pyjama de l’espace (lequel, au passage, ne cachait pas la morphologie des personnes vêtues. La seconde saison est américaine, les acteurs ne changent pas, mais les noirs ne sont plus médecins, ils ont des rôles de policiers (dans une communauté de cent âmes), et les femmes portent des jupes…
    Sur l’affirmation « il y a des blancs et des noirs », c’est une évidence qui mérite d’être discutée : il existe sur terre quantité de gradations de peau entre une islandaise à la peau très claire et un éthiopien à la peau très noire. Si on peut appeler leurs peaux respectives « blanche » et « noire », comment appelles-tu celle de l’enfant qu’ils feront ? Et à quel moment cesse-t-on de décrire un fait objectif (une peau plus ou moins foncée) pour désigner une catégorie sociologique plus ou moins aliénante ?
    Je trouve ça moins simple que toi, apparemment !

  22. @Pia Summers : Je comprends ce que tu dis à propos de la surprise, mais il y a des images (ou des situations, ou des mots,…) qu’on apprivoise, qui cessent de choquer lorsqu’elles appartiennent à notre paysage mental, mais il y en a aussi qui nous heurtent de plus en plus à chaque fois. Et là, le simple choc de la surprise est remplacé par la colère, ce qui est bien plus puissant. Est-ce que c’est le cas avec ce genre d’image ? J’en doute un peu mais je demande.

    Sinon, non, je ne cherche pas à rassembler une majorité ni à dire « j’ai trouvé une fille qui dit que… donc vous voyez bien… », je cherche encore et toujours à creuser là où les uns et les autres sont divisées. Mon observation (qui suit mon intuition, donc méfiance, je ne vois peut-être que ce que je veux, d’accord) est que le milieu des gens qui fabriquent des images, dans lequel j’évolue et où les femmes sont nombreuses et s’affirment généralement féministes sans complexe ni réserves, est assez détendu vis à vis de ce genre de représentations et est favorablement sensible au côté « punk » du scientifique qui a le culot de passer en mondovision avec une chemise bariolée de motifs kitschs de SF de fête foraine.
    Ceci étant dit, le message lancé était trouble, puisqu’effectivement il fait écho à la faible représentation des femmes dans les sciences (mais le shirtstorm n’aide pas à ce qu’on parle plus des femmes scientifiques prétend cet article), ce que j’entends bien (par contre je comprends moins qu’on veuille relier ça au gamergate).

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  24. Tout est-il si compliqué? Je trouve qu’on a bien avancé! On a mis de côté pas mal de fausses questions et d’arguties – la chemise hawaïenne, la vertu, le moralisme, le politiquement correct et la préface de Mademoiselle de Maupin… ;)

    Reste la question de la discrimination. Tu as une drôle de façon de la poser. Est-ce que la définition biologique des subdivisions de l’espèce humaine change quoique ce soit à l’existence du racisme? Est-ce que le fait d’avoir la peau de couleur marron plutôt que noire empêche un afro-américain de subir la discrimination? Apparemment pas. Le racisme est la traduction de la domination des blancs sur les noirs, qui est un fait historique et social et non biologique.

    De même qu’il n’existe pas de “racisme anti-blanc”, car nos sociétés sont dominées par les blancs, il n’existe pas de “sexisme anti-hommes”, car ce sont les hommes qui sont les dominants. Tant qu’on confond le sexisme avec la distinction de genre (pantalons, jupes, cravates et tutti quanti), ou le racisme avec la distinction biologique, on passe assez largement à côté de la question.

  25. Bon, si la question des noirs et des blancs est historique, en disant « il y a des noirs et des blancs », n’es-tu pas dans la résignation face à cette réalité sociologique ? Bon, c’est un peu la maladie de la sociologie, pour moi, elle finit malgré elle par être un peu déterministe et par graver dans le marbre les catégories qu’elle observe.
    Note que tu ne me verras pas parler de racisme anti-blanc ou de sexisme anti-homme (je ne pense pas avoir jamais utilisé ni même pensé de telles formules) car effectivement, quand bien même ces humeurs s’observent, ce ne sont que les conséquences d’autres exclusions, d’autres injustices, la réponse à une longue histoire.

  26. Bon, que dire de tout ça ? Déjà, en préambule, je tiens à signaler que je ne suis pas sur Twitter, et que je n’ai donc aucune idée de ce qui s’est passé (et que je m’en fous un peu) et que je n’ai suivi cette affaire de la chemise pin-up que de loin.

    Une première chose : la censure. C’est le pouvoir qui censure. Or je suis désolée mais les femmes, et encore moins les féministes, n’ont jamais été au pouvoir dans notre société. Elles sont peut-être moins oppressées que dans d’autres contextes historiques et/ou géographiques mais non, ça ne veut pas dire qu’elles soient au pouvoir dans notre société. Elles ne sont même pas à égalité de pouvoir avec les hommes et ne sont certainement pas au-dessus de ceux-ci. Donc non, il ne peut pas y avoir de censure féministe. Il y a des fois – et les nouveaux moyens de communication comme internet le permettent – des réactions fortes contre des propos/images/… sexistes qui font bouger les choses, des fois les pouvoirs en place, pour ne pas causer trop de remous et pour maintenir leur pouvoir, limitent l’expression du sexisme mais il n’y a pas de censure féministe.

    Une précision ensuite sur  »l’oppresseur ». Dans sa réponse à RM, M. Lafargue dit, en parlant de lui-même « et comme de bien entendu, cet adversaire sera réputé oppresseur ».
    Il me semble bon de préciser qu’ici (et encore une fois, je n’ai aucune idée de la discussion Twitter) M. Lafargue étant un homme (de même que M. Gunthert et la plupart des commentateurs de cet article, semble-t-il) il occupe une place de dominant dans la société. Ce n’est en aucun cas une attaque sur la personne de M. Lafargue, dont je n’ai aucune raison de croire qu’il « cherche certainement à asservir la Femme. » ou que « Le soir, il lit des rapports sur la condition féminine en Afghanistan et part d’un grand rire au clair de lune. Il brûle des livres de Simone de Beauvoir et joue aux fléchettes sur un portrait de Malala Yousafzai. ». De fait, les hommes, même les plus féministes, en tant qu’hommes dans un système où ce groupe social est au pouvoir, bénéficient du système en question.

    Prenons par exemple mon cas : je suis blanche. Non pas que je me définisse comme ça ou que je considère ça comme un élément constitutif de mon identité, mais je vis dans une société où le groupe socialement construit des « blancs » est dans une position de domination vis-à-vis d’autres groupes socialement construits. Et même si je suis anti-raciste, je sais que lors de recherches d’emploi ou de logement, par exemple, être blanche m’a déjà bénéficié. Il est tout à fait possible que mon bailleur ou mon employeur aient écarté d’autres candidats, aussi, voir plus, qualifiés que moi, parce qu’eux étaient « non-blancs ». Je sais que je ne vis pas tout un tas de blessures quotidiennes que subissent ceux qui ne sont pas perçus comme blancs, tous les jours, et que pour la plupart *je ne connais pas et ne vois pas*. Comme j’ai été socialisée dans une société raciste, il m’arrive de dire/faire des choses racistes sans même m’en rendre compte. Dans ces cas-là on me le fait remarquer, et je m’excuse, je réfléchi à ce que j’ai fait/dit, sur pourquoi c’est raciste et j’essaye de ne plus le faire. Je ne me perds pas en arguments sur pourquoi je suis innocente (puisque je suis contre le racisme, je ne peux pas faire de choses racistes) et pourquoi c’est celui qui me fait la remarque qui a tort.

    Ce qu’a fait Matt Taylor hein, il s’est excusé lui. Mais en vrai, on en a rien à faire, de Matt Taylor et de sa chemise. Le problème c’est qu’alors lui s’excuse d’avoir porté une chemise exhibant une imagerie sexiste à la télé, interviewé pour représenter sa mission, plein de chevaliers blancs sont venus s’indigner de la  »censure » dont il a été victime. Le problème c’est qu’un homme trouve normal de porter sur lui des images de femmes dénudées, dessinées de façon à provoquer l’excitation sexuelle des hommes, sur son lieu de travail. Un milieu professionnel où il y’a très peu de femmes, on se demande bien pourquoi hein. D’ailleurs je suis sûre que son interview va créer des vocations.

    J’ai encore plein de choses à dire mais mon commentaire est déjà bien trop long et décousu. Je finirais donc en revenant sur le commentaire inepte de RM (oui parce que, clairement, prêter des propos outranciers à ses adversaires est une manière intelligente de débattre).

    « JN a une femme et des filles, tout le monde sait qu’il est ouvert, libéral, qu’il enseigne à des jeunes filles/femmes sa journée durant, qu’il n’a rien d’un tyran domestique, qu’il ne traiterait jamais ses filles différemment d’un garçon… »

    Être ouvert, libéral, avoir des filles et une femme et accepter d’enseigner à des femmes n’est pas un blanc-seing anti sexiste hein ? (note, je ne parle pas ici de M. Lafargue, que je ne connais pas et contre lequel je n’ai rien, je réagis juste au raisonnement fallacieux de RM). Tiens, par exemple, le présentateur sportif et ex-patineur Philippe Candeloro, dont les commentaires sexistes sur le service public – il commentait la plastique et les potentielles performances sexuelles des sportives bien plus que leurs véritables performances sportives – s’est défendu en disant qu’il avait une femme et des filles et qu’il ne pouvait donc absolument pas être machiste. Et pourtant il l’était de façon assez crasse. Ensuite « il ne traiterait jamais ses filles différemment d’un garçon ». Bien sûr que si. Sans même s’en rendre compte. En toute bonne foi, sans même s’en rendre compte. Parce qu’il a été socialisé dans une société sexiste. Moi qui suis une femme ET une féministe je traite régulièrement les gens différemment en fonction de leur genre, j’ai régulièrement des comportements/pensées/propos sexistes. Mais je ne me cache pas la tête dans le sable, je ne nie pas l’existence du sexisme et le fait que je fasse partie du système.

  27. « De même qu’il n’existe pas de “racisme anti-blanc”, car nos sociétés sont dominées par les blancs, il n’existe pas de “sexisme anti-hommes”, car ce sont les hommes qui sont les dominants. »

    Les dominants ne sont pas haïs, c’est un bonne nouvelle que tu nous apprends là, André.

  28. J’aime voir cette image de la jeune femme qui interroge ce directeur de programme d’astronomie (par ailleurs tatoué semble-t-il assez magnifiquement-la chemise est de trop, en tout état de cause hein) : les gens de télé savent contrôler les images, peut-être quelqu’un aurait-il pu suggérer à ce malheureux garçon de passer une veste ? (je suis complètement d’accord avec Alexie)

  29. @Christophe: « Les dominants ne sont pas haïs, c’est un bonne nouvelle que tu nous apprends là » Est-ce ce que j’ai dit? Bien sûr que les dominants sont haïs. Simplement, ça n’a aucun sens de leur appliquer une catégorie qui découle de la situation de domination. La haine, c’est autre chose que le racisme ou le sexisme, qui sont des états de fait sociaux que tout le monde subit, relis le commentaire de Chesh.

  30. @Chesh : c’est vrai qu’Hitler aimait les animaux et que plein de gens méchants ont des enfants, et plein d’affreux sexistes, des épouses et des filles.
    Ceci dit, j’utilise cet argument envers moi-même autant que RM l’a fait, parce que ça veut réellement dire quelque chose pour moi : c’est bien de me soucier de la vie et de la liberté des femmes qui font partie de ma vie (ajoutons mes amies) qui me rend attentif à ces questions. Car à force d’être traité en adversaire du féminisme, je dois dire que je suis attentif à tout ça ! Et vous ne me connaissez pas, mais parmi les gens qui discutent ici, beaucoup connaissent mes positions ou ont lu mes articles, notamment sur le blog « Castagne ».
    Si je suis attentif, c’est aussi à la suite de prises de conscience diverses, c’est pour avoir constaté que je faisais effectivement partie d’une organisation sociale où certains, du fait de leur nature, ont plus que d’autres. Ou plutôt, où certains ont moins que d’autres. Et ce constat est forcément vexant lorsque l’on découvre que l’on fait partie de la catégorie qui a plus. Le constater impose un travail, c’est certain. Enfin bref, je pense être de bonne foi, mais ça ne peut pas aisément être prouvé.
    Juste une chose à propos de « Le problème c’est qu’un homme trouve normal de porter sur lui des images de femmes dénudées, dessinées de façon à provoquer l’excitation sexuelle des hommes, sur son lieu de travail.… Si les pin-ups sont une référence sexiste, je vous rassure, il est peu probable que ces dessins provoquent une excitation sexuelle.

  31. @jnlafargue :  » je vous rassure, il est peu probable que ces dessins provoquent une excitation sexuelle » chez TOI.

  32. @jnlafargue : tu sais, au final, je t’envie.
    parce qu’on n’a pas tous la chance de n’avoir évolué qu’au milieu de gens interessants, dotés d’une sensibilité artistique, d’intellectuels. (aucune ironie de ma part)

  33. @piasummers : Certes, je me prends comme sujet d’observation, quand je dis que je doute que ces images provoquent de l’excitation sexuelle. Mais l’idée que ce soit possible me surprendrait sincèrement, précisément parce que je suis tout à fait et immédiatement sensible aux stimulations dans le domaine, et que là, j’imagine mal. Mais bien sûr je ne peux pas me mettre à la place des autres.
    Je me demande un peu comment t’est venue ta réflexion à propos des gens intéressants dotés d’une sensibilité artistique, ça m’intrigue et ça m’intéresse, mais bien entendu, il faudra en causer ailleurs puisque le lieu n’est pas approprié à ce sujet.

  34. Nous ne sommes ni des monstres à être cachés sous le burqa, ni des objets à représenter les fantasmes sexuels. Reconnaître de ne pas voir ou de ne pas vouloir voir le sexisme est pour moi le premier pas vers un féminisme ‘human friendly’. D’ailleurs, l’absence d’une critique du sexisme de la culture geek dans la presse des sociétés répressives, telle la presse pakistanaise, montre à quel point ce sujet est épineux et nécessite à être débattu. (Aveu) Rebelle de mon éducation catholique reçue dans un pays musulman et répressif, j’ai toujours associé le style vestimentaire occidental comme symbole de la libération féminine, mais il y a des limites. Moi aussi, au début de la polémique, j’avais peur d’admettre le sexisme de ces images, parce que c’est un scientifique qui les porte. Mais ce n’est pas lui le problème. Le problème c’est la naturalisation des stéréotypes et des extrémismes.

  35. Il est dommage que Jean-no ne réponde qu’à la dernière partie des remarques de Chesh, alors que celles-ci sont toutes très intéressantes.

    La question de l’excitation sexuelle, par exemple, mérite mieux que sa réponse expéditive. Notons que Chesh a écrit: « dessinées de façon à provoquer l’excitation sexuelle des hommes, sur son lieu de travail », ce que Jean-no ramène à  » (ne) provoquent (pas) d’excitation sexuelle ».

    « Dessinées de façon à provoquer » ne signifie pas que les pin-ups provoquent nécessairement l’excitation, mais qu’elles sont dessinées en vue de le faire. « Sur son lieu de travail » est également une notation qui renvoie à l’usage précis (sous forme de calendrier ou de dépliant) d’une image qui reste une image publique.

    Ces caractéristiques suffisent à expliquer que la pin-up ne cherche pas à provoquer une érection chez un mâle hétérosexuel adulte, ce qui poserait des problèmes sur le lieu de travail… ;) En revanche, tout l’art du dessinateur spécialisé réside dans la manière de solliciter l’imaginaire érotique, sans pour autant tomber dans le graveleux. Ainsi qu’en atteste notre vocabulaire, qui distingue entre pornographie et érotisme, il y a divers degrés dans l’excitation. La pin-up est provocante, mais pas choquante – ce qui correspond très exactement à la marge définie par son format d’usage.

    Il me paraît d’une grande naïveté – ou d’une grande hypocrisie – de prétendre que toutes les images de jeunes femmes à forte poitrine mobilisées par les industries du loisir, cinéma, jeux vidéos, bd, musique, publicité…, le sont en vain, et pourraient être remplacées par des images de chatons ou de vieux messieurs sans que cela ne change rien à leur attractivité. De même, il semble assez difficile de soutenir qu’une pin-up ne sollicite en aucune façon la dimension libidinale, et équivaut à l’image d’un perroquet ou d’un cocotier, comme l’affirme Alain Korkos. Ou bien ces hommes nous mentent ou s’illusionnent sur la réalité de leur désir, ou bien ils devraient consulter d’urgence un spécialiste… ;)

  36. ok, les pin-ups ont un rapport avec le sexe, bien évidemment. Mais enfin, un rapport assez distant, quand même ! Bien sûr, je ne confondrai pas un dessin de fille mettant en valeur cambrures et poitrine avec des cocotiers ou des perroquets.

  37. Oulah, ça dégénère ici… et on passe surtout d’une réflexion à un côté militant où on pose des vérités comme telles, sans les remettre en question.

    Il est légèrement surprenant de lire « C’est le pouvoir qui censure », ou des définitions du racisme ou du sexisme présentées comme les seules existantes (d’où découlent bien des choses) sans prendre du recul pour s’apercevoir que ce point de vue… est juste un point de vue et qu’il en existe d’autres – pas forcément meilleurs ni moins bons, mais d’autres. [et sur la censure, là, ce n’est pas une question de point de vue, c’est juste faux – il existe dieux merci désormais bien des travaux sur ce sujet très en vogue]

    Bref, c’est un peu dommage, mais en même temps tellement humain que c’est mignon (eg la naïveté avec laquelle André indique que le moralisme est un faux sujet parce que ça ne correspond pas à l’image qu’il a de lui-même)

  38. Le ressenti sexiste est largement abordé dans le billet et les commentaires — et valide en tant que tel, évidemment — mais justifie-t-il une situation d’intolérance et de ‘shaming’, alors que le féminisme lui-même combat l’intolérance et le ‘shaming’ envers les minorités diverses ? Il manque vraiment dans le débat la notion de tolérance, dont j’ai envie de parler :]

    Les cultures geeks sont le royaume de l’imaginaire, de l’esprit, de l’inventivité, de l’anticipation, de la rétrospection, du bizarre, du hors-norme, du monstrueux, de la violence, de l’extrême, du tabou, de la déconne potache, de l’ironie, du second degré, de la liberté d’expression, dont celle artistique… Elles sont fondamentalement libérales-libertaires, même si parfois récupérées par l’extrême droite et les réacs pour leurs esthétisme et historicité.

    L’effet générationnel aidant, la culture numérique ayant envahi toute la société, des geeks devenant des stars et des décideurs, ou plus généralement monsieur/madame tout le monde, cette culture est devenue mainstream. Ce qui permet, ou devrait permettre, de lui apporter beaucoup plus de parité et de diversité culturelle, avec bonheur. Mais le paradoxe de cette respectabilisation et médiatisation est qu’on demande de plus en plus à ces univers imaginaires de se conformer à des normes sociétales, à la morale, à la réalité. Le choc est inévitable. Qu’il y ait de nouveaux créateurs et créatrices qui projettent leurs idéaux égalitaristes dans leurs créations et font évoluer les stéréotypes qui peuplent la culture geek, c’est excellent. Que l’on exige de réécrire l’histoire (les pin-ups sont de l’histoire, c’est basiquement le porno des papis ;), de cacher ou censurer des pans d’une culture composite, ça l’est beaucoup moins.

    Outre sa désormais célèbre chemise, on peut voir que Matt Taylor porte des t-shirts Cannibal Corpse, des chemises à fleurs, et est tatoué ; une de ses amies, Elly Prizeman, est celle qui a confectionné la chemise à partir d’un textile imprimé, et s’affiche comme une modèle ‘Suicide Girls’, milieu féministe qui s’approprie les codes sexys, genre de pin-ups modernes, tatouées, percées et actives. Comme toute culture, leur culture underground véhicule des codes et des stéréotypes. Doivent-ils avoir honte d’elle, voire être humiliés ? (Peut-être que l’émotivité et le manque de repos expliquent la réaction émue de Matt Taylor, mais vu qu’on parle ici de culture visuelle, son autocritique publique sous la pression est aussi à décrypter.) La NASA a son excentrique médiatique, Bobak Ferdowsi, aka Mohawk Guy, de la mission martienne Curiosity (http://knowyourmeme.com/memes/nasa-mohawk-guy) ; l’ESA a désormais Matt Taylor.

    Le combat féministe est une composante essentielle du progressisme pour réduire les inégalités et oppressions sociales. Il génère cependant à la marge des dérives intolérantes contestables, qu’il faut voir comme il faut voir le sexisme ambiant : des femmes voilées, des travailleurs du sexe sont montrés du doigt par des féministes, ou des réacs se réclamant du féminisme ; est-ce moral ?

    En tant que potentielle propagande, critiquer toute production visuelle est essentiel ; et rester tolérant l’est tout autant, à mon humble avis. Les cultures geeks sont en fait la culture de la tolérance, voire de la permissivité. Les milieux scientifiques sont généralement plus tolérants et ouverts que d’autres milieux, mais l’histoire des sciences est parsemée d’histoires de scientifiques excentriques ostracisé-e-s car hors-norme. La tolérance permet aussi de rendre les sociétés moins oppressives.

  39. Aaah! le « ressenti sexiste » – valide, certes, mais… Tout est dans le ressenti. Tout est dans le valide. Tout est dans le mais… Trois négations dès la première phrase… Vous avez vu du sexisme, vous? Allons donc! Mais de l’intolérance, ça oui! (Et là, plus de « ressenti »…)

    Arrêtons-nous pourtant une seconde sur l’interprétation de la « réaction émue » de Matt, car elle semble elle aussi sujette à des variations proportionnelles à la position de l’observateur. Pour ma part, je n’y vois pas de quoi …fouetter un chat! Il y a tout de même des problèmes plus graves sur la planète, des douleurs plus cruelles qu’un soupir un peu appuyé (http://www.theguardian.com/science/video/2014/nov/14/rosetta-scientist-matt-taylor-breaks-down-apology-offensive-shirt-video). N’y a-t-il pas comme une légère exagération à vouloir y apercevoir un comble d’ostracisme?

    (On notera d’ailleurs qu’ici, personne n’a demandé les oreilles et la queue du pauvre Matt. S’il faut aller chercher les réactions les plus violentes pour raisonner, n’oublions pas alors le feminist shaming qui a fleuri en réponse…)

    Bref, on peut parfaitement retourner l’argument de relativisation à l’encontre de ceux qui le brandissent comme un totem. Car si cette fichue liquette n’est pas un problème, pourquoi refuser à toute force de concéder qu’elle puisse choquer? On aurait eu plus vite fait d’admettre qu’elle était sexiste, et de passer à autre chose, si vraiment ce point n’avait aucune importance!

    Or, visiblement, il en a. Comme s’il y avait là quelque chose d’inadmissible, un truc qui ne passe pas, comme si reconnaître le sexisme était abdiquer pour toujours. Il faut bien avouer que du côté de ceux-qui-n’ont-pas-de-nom (car ils ne sont ni sexistes, ni masculinistes, non, ils sont juste les héros vertueux du second degré, les chevaliers de l’anticonformisme hawaïen, les Don Quichotte de l’indépendance des chemises…), on a des arguments XXL, qui paraissent légèrement disproportionnés, vu la broutille en cause. « Réécrire l’histoire », pensez donc, rien que ça, pour avoir osé rappeler celle des pin-ups!

    Eh, les gars! rangez vos armes de destruction massive, remisez vos argumentations alambiquées, et demandez-vous pourquoi vous avez besoin d’un missile sol-air pour abattre une mouche… Pourquoi une telle rage polémique, si vraiment il n’y a rien qui mérite de s’énerver? Pour courir au secours d’un savant injustement martyrisé? Pour défendre ma liberté de penser? Really? ;-)

  40. Ben j’ai vraiment ressenti l’affaire de la chemisette comme une attaque injuste contre la culture alternative développée par les Suicide Girls (http://fr.wikipedia.org/wiki/SuicideGirls) qui consiste en une réinterprétation féministe et anticonventionnelle des pin-ups (justement). Ce n’est certes pas du féminisme institutionnel ou radical, c’est du féminisme qui se revendique comme ‘pro-sexe’ (pro-porno serait plus juste). J’en ai un peu marre que l’on considère le féminisme comme un tout alors qu’il est multiple et paradoxal sur des sujets chauds d’actualité (http://www.liberation.fr/societe/2014/03/08/peut-on-etre-feministe-et-defendre-le-voile-le-porno-ou-la-garde-alternee_985268). On peut proner l’égalité sociale des sexes tout en restant libéral (au sens politique anglo-saxon, pas économique) et défendant la pornographie.

    Je ne partage en rien les idées/réactions masculinistes nauséabondes qui s’enclenchent après chaque polémique féministe. Il n’y a pas que deux camps manichéens, qui s’affrontent frontalement ; on peut (et devrait) rester critique en toute occasion, sans forcément prendre position pour l’un des deux camps binaires.

    Ce n’est pas la première fois que je vois poindre cette dérive intolérante et prude : le débat sur l’abolition de la prostitution aboutit en fait à une prohibition qui amalgame tout type de prostitution, de l’esclavagisme criminel à la prostitution indépendante. On a accusé le dernier opus de Tomb Raider d’être sexiste, par ricochet à partir d’un article de presse douteux, alors que le jeu est plutôt féministe (j’y ai joué). Une figurine gore liée au jeu de zombies Dead Island fut accusée de promouvoir la violence faite aux femmes, alors que le gore n’est en soi pas discriminant (il détriture tout ce qui est organique) et que la figurine combinait ‘seulement’ gore, sexy et merchandising (de mauvais goût certain). La pub de la SNCF jouant sur les codes modernes des tubes porno s’est autocensurée après le dépôt d’une plainte d’OLF…

    La révolution sexuelle a permis aux femmes et aux hommes de se libérer du joug de la société sur leur sexualité. La société de consommation en a réintroduit un autre, par le « diktat doux » de la publicité et d’une culture visuelle qui imposent leurs stéréotypes sexués conventionnels, censés conduire au bonheur. Pourrait-on s’en libérer sans verser dans un puritanisme anglo-saxon tout hypocrite ? L’éducation, la diversification et la tolérance sont des pistes. En même temps, si la société se décomplexait complètement vis-à-vis de la représentation de la sexualité, celle-ci perdrait peut-être de son charme :s

  41. @Zéphyrin Touristryon: Si je résume: 1) à vos yeux, rien n’est sexiste, on a juste un petit problème de puritanisme anglo-saxon; 2) le sexisme, c’est comme le Port-Salut, c’est lié à la sexualité (dont la représentation est charmante, ce qui explique probablement le point 1).

    Je n’ai pas écrit ce billet pour donner des cours de féminisme, mais pour faire le point sur mes propres impressions. Je n’ai aucune compétence particulière en matière de sexisme, et comme je l’ai indiqué (mais j’étais un peu seul à le faire), j’exprime ici un parti pris revendiqué. Il est donc assez malaisé pour moi de juger si telle ou telle représentation est conforme à l’orthodoxie féministe, ou d’expliquer à quelqu’un qui n’en a manifestement aucune idée ce qu’est le sexisme.

    Donc juste un point très simple: le sexisme n’a rien à voir avec la représentation de la sexualité, mais il a tout à voir avec le pouvoir (ou la domination). Un violeur n’est pas quelqu’un qui veut faire l’amour avec une partenaire (il n’en a pas, c’est ballot, alors il en prend une au hasard), mais quelqu’un qui veut réduire l’autre à sa merci. Ce n’est pas très glamour ni très charmant, et visiblement la révolution sexuelle n’y a rien changé. Les salaires moins élevés pour les femmes, ou le plafond de verre, c’est aussi du sexisme, et le puritanisme n’y peut pas grand chose.

    Les pin-ups ne sont pas sexistes parce qu’elles sont représentées à poil ou en train de faire l’amour – d’ailleurs elles ne sont ni l’un ni l’autre. Elles sont sexistes parce qu’elles sont une représentation qui flatte la domination masculine, d’une manière assez subtile (en montrant des femmes toujours jeunes et jolies, provocantes et disponibles, comme dans un fantasme de mec – tiens donc, quel hasard…). Une pin-up n’est pas une femme, c’est un fantasme à épingler (pin-up), c’est à dire la concrétisation la plus élémentaire de l’idée même de disponibilité. La disponibilité est le trait fondamental de la représentation de la femme dans l’univers patriarcal.

    Ah! et un deuxième, pour la route, simple aussi, parce que je peux l’appuyer sur une bd (voir par ici, c’est en anglais, mais on comprend quand même): un privilège est invisible pour celui qui en bénéficie. Traduction: en tant qu’homme, dans une société machiste, il est difficile de percevoir l’avantage conféré par la discrimination sexiste. Voilà, ce n’est pas facile à comprendre, je suis d’accord, ça demande même un sacré boulot. Commencez maintenant, à mon avis, vous en avez encore pour un moment.

  42. Retour PingLa culture geek doit-elle mourir ? - Ressource Info

  43. Je trouve l’article et les commentaires d’André particulièrement clairs et pertinents – surtout face à ceux de jn et christophe par exemple, qui, visiblement animés de bonnes intentions, me semblent tristement à côté de la plaque et peu à l’écoute.
    Je souhaiterais simplement attirer l’attention sur un facteur supplémentaire : la dimension temporelle.
    Imaginez un propriétaire blanc expliquer au lendemain de l’abolition de l’esclavage que certes, l’esclavage n’est pas une bonne chose (« je ne suis pas raciste/anti-féministe ») mais qu’on oublie de dire que beaucoup d’esclaves étaient satisfaits de leur situation. Ou encore un allemand souligner les formidables découvertes scientifiques obtenues grâce à l’expérimentation sur les juifs par le régime nazi au lendemain de la guerre. Pourtant dans ces deux situations, il y a du vrai dans leur discours. Je trouve que ça donne une petite idée du caractère déplacé (donc à côté de la plaque) de vos arguments. Aucune exagération dans ces analogies quand on sait le nombre de femmes qui sont agressées sexuellement ou tuées chaque année dans le monde (et en France aussi d’ailleurs).

    La lutte contre la discrimination envers les femmes (et beaucoup d’autres minorités) n’en est qu’à ses balbutiements. Aussi, il me semble que l’heure n’est pas du tout à la relativisation. Bien au contraire, l’urgence est de prendre conscience de l’ampleur du phénomène et de (ré)tablir un juste équilibre des pouvoirs et des chances – et le travail qui reste est énorme.
    Ça passera sûrement, comme tous les combats de ce type, par s’emparer de toutes sortes de situations a priori banales (parce que banalisées) pour en faire des symboles et éveiller les consciences. Qu’il y ait un effet loupe qui engendre quelques excès au passage, il y aura toujours quelqu’un pour ergoter là-dessus dans 30 ou 50 ans. D’ici là, ceux qui prétendent apporter de la nuance à un débat qui n’est pas un débat entre deux parties égales, mais une lutte pour la liberté sont du mauvais côté de l’Histoire comme dirait Taubira. Pas parce qu’ils choquent le politiquement correct, mais parce que leur discours sont totalement inutiles – voire contre-productifs.

    Si vous êtes aussi ouverts que vous le pensez à l’égalité entre hommes et femmes, pourquoi ne pas participer au changement des mentalités, plutôt que d’alimenter, consciemment ou non, les résistances et le discours dominant?
    Et comme s’évertue à vous le dire André, ça commence par écouter et par relayer le discours des « dominés ». Pas le discours stéréotypé du « bon esclave » satisfait de sa situation (les femmes qui intériorisent et se servent des normes masculines type « être une femme c’est revendiquer avec fierté son statut d’objet » pour trouver une place dans la société par ex?), mais celui de la minorité qui a une conscience plus aiguisée de sa situation et qui souhaite s’exprimer et être entendue.
    Amen!

  44. @Marie M : je répéterais sans doute ça jusqu’à ma mort sans que personne ne le comprenne, mais mon intervention initiale, sur Twitter, était : est-ce que ça vous choque ? Je me demandais s’il y avait des gens que cette chemise choquait viscéralement. Je n’en ai pas trouvé énormément, et j’en déduis que la réaction était une réaction de principe et c’est un peu ce que vous dites en expliquant qu’il faut faire des symboles. De mon côté, je sais bien qu’une pin-up est un motif sexiste, je n’ai pas besoin d’être Erwin Panofsky, Roland Barthes ou Walter Benjamin pour ça, mais, je ne peux pas le cacher, je ne pense pas que l’intention du porteur de la chemise ait été, même inconsciemment, autre chose que le plaisir d’utiliser une image kitsch devant des caméras.
    Je suis long à la détente, mais j’ai fini par comprendre : quand on m’a dit que j’avais fait « beaucoup de mal » en posant la question ci-dessus (même les questions font mal, désormais ! Quel monde de douleur !), on me disait surtout que les excuses contrites du scientifiques devaient désormais être considérées comme une victoire féministe au même titre que le droit de vote pour les femmes ou la légalisation de l’IVG. Et que, pour cette raison, tout doute, toute question, était nerveusement insupportable. J’en prends acte, mais ce n’est pas vraiment le monde dans lequel je veux vivre : je crois beaucoup aux questions, bien plus qu’aux réponses des cuistres et des grincheux. Je ne parle donc plus de la chemise, ni du scientifique, dont je n’ai que faire,
    Notez que ce que vous, comme André plus haut, appelez « écouter » revient surtout à accepter une injonction à l’obéissance, à baisser les yeux, ce qui, en tant qu’anarchiste pur et dur, m’est impossible : à chacun ses impossibilités.
    Le débat me semble désormais impossible, puisque nous n’avons jamais parlé de la même chose. Personnellement, je refuse la logique de « camps » dont parle André, car elle revient à mettre son cerveau en veille au service d’une cause. Comme si le monde n’était pas assez bête comme ça !

  45. « A quoi bon des questions si l’on n’écoute pas les réponses? Ce que tu cherches n’est que la confirmation de ce que tu croyais dès le départ » (mon commentaire du 23/11/2014).

    Bien sûr qu’il y a une cause à défendre. Ceux qui ne voient pas ça ne voient rien. On ne peut qu’être attristé de leur aveuglement. Mais comme ce ne sont pas des idiots, ça donne l’idée du chemin qui reste à faire. Moi, c’est plutôt ça qui me fait flipper…

  46. « l’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage », a dit je ne sais plus qui (Siddhartha?)

  47. Porter une chemise qui représente « une femme provocante » devient un délit de sexisme.

    Pourtant s’il faut cacher ce sein que l’on ne saurait voir même sur une chemise (l’oeil du spectateur en mode zoom) , qu’en sera t’ il du droit pour une femme de se promener dans la rue quand on est jeune, jolie et habillée de façon sexy et ceci sans se faire insulter ou violer ?

    Pour ma part, je pense que cette cette polémique constitue une étape de plus au contrôle du corps des femmes dans l’espace public.
    Il participe à un mouvement de catégorisation des représentations du corps des femmes et ceci sur un critère qui n’est jamais énoncé mais pourtant induit : ce critère serait l’indécence.

    Gardez votre chemise monsieur le scientifique et votre humour, je suis sûre que par ailleurs vous êtes un homme respectueux du droit des femmes.

  48. Déjà discuté avec RM. Je répète que la question ici n’est pas la manière de s’habiller ni le comportement sexuel, mais celle de la domination (qu’on peut d’ailleurs cacher encore plus facilement qu’un sein).

  49. Faire de la domination — état historique — un dogme, est possiblement pernicieux, potentiellement intolérant. Par exemple, définir une pin-up comme une représentation de soumission ou de « disponibilité » me paraît puritain et archaïque, voire sexiste. Certes les pin-ups flattent la jouissance visuelle, historiquement celle des hommes, mais les femmes aussi peuvent parfaitement les apprécier. Certes, étant par définition fictives, elles sont disponibles à l’imagination du spectateur. Mais représentent-elles pour autant des femmes disponibles ? C’est une interprétation archaïque, dont les féministes se disant ‘pro-sexe’ veulent tordre le cou. C’est la revendication féministe des ‘slut walks’, le droit de s’habiller comme on veut, y compris de façon aguicheuse, sans pour autant être considéré comme disponible.

    À noter que les pin-ups mâles sont beaucoup moins fréquents mais existent, notamment dans le milieu gay (cf. les dessins de George Quaintance ou Tom of Finland par exemple), et apparaissent joyeusement sur DeviantArt (http://www.deviantart.com/browse/all/digitalart/paintings/people/pinup/?q=boy+OR+man).

    À titre de test, prenez la galerie de cette talentueuse artiste néerlandaise, coqueluche de DeviantArt http://loish.deviantart.com/gallery/ ; ses pin-ups sont-elles sexistes, ou féministes ? À partir de quand la représentation graphique de la femme est-elle sexiste, ou féministe ?

  50. Retour PingGeek : sexiste plus que sexy ? | InternetActu

  51. Réactivation du compte de @Jean-no sur Twitter (qui n’avait donc pas été supprimé)…

  52. @André : supprime ton compte, tu verras ce que ça fait : Twitter n’acte pas la chose tant qu’on ne reste pas un mois sans revenir, avec l’idée que les suppressions de compte sur un mouvement d’humeur sont causée… par un mouvement d’humeur. Ensuite, il suffit de se reconnecter une fois pour réactiver,… Plus le temps a passé et plus j’ai fini par me dire que j’allais revenir, ce que j’ai donc fait hier.

  53. @Jean-No: Welcome back! Nous relirons donc cum grano salis les commentaires évoquant ton « lynchage » et autre « bullying »… ;)

  54. @André : ce n’est pas moi qui ai parlé de lynchage ou de bullying, hein.

  55. Je trouve assez révélateur que cet article accusant de sexisme la chemise de l’astronome ne discute pas du fait qu’elle a été fait par une de ses amies femme.

  56. @Ane: Une femme est donc obligatoirement féministe? Par nature? Et un homme forcément masculiniste? C’est dans ses gênes? On voit bien que l’argument est douteux. De plus il est factuellement inexact: le motif imprimé n’a pas été réalisé par « une de ses amies femme »: il est (était) disponible dans le commerce.

  57. Bonjour,

    Je me permettrai juste un commentaire bien plus léger sur l’interprétation que nous faisons des tenues vestimentaires portées par nos proches, nos amis ou les gens que nous rencontrons.
    Je mets ici totalement de côté le fait que dans le cas du scientifique de Rosetta, la télévision était présente et qu’à travers elle ce scientifique a pu avoir envie de faire passer un message.
    Mon grand-père, résistant après avoir été déporté dans des camps de travail en Allemagne dont il s’était évadé, avait en horreur les chemises noires ou marrons. Elles étaient pour lui, ancien communiste devenu socialiste, un symbole insupportable de l’oppression. Je ne le savais pas et lors d’un repas de famille au cours duquel j’avais cru chic de porter une chemise unie noire, sans arrière-pensées politique aucune, il quitta la table en me voyant arriver et n’y revint que lorsque j’eus changé de tenue (soit 1 minute plus tard tellement j’avais été impressionné par son départ brutal). Fâché, il m’expliqua sa réaction et je fus pardonné de l’impair commis en promettant de ne pas recommencer. Quelques années plus tard, il me prend à part lors d’un week-end que nous passions chez mes grands-parents et me dit sur un ton assez désagréable que j’ai décidément très mauvais goût pour le choix de mes chemises, alors que je porte une chemise à petits carreaux rose… Ne comprenant pas le sens de sa remarque je lui dit : « Pourtant elle est rose et étant socialiste toi aussi tu as des polos roses… »
    Il me répond sans sourciller : « Ce n’est pas la couleur qui me gêne, c’est le motif… Vichy! »
    Je suis resté bouche bée… mais je n’ai pas changé de tenue en lui expliquant que si personne ne se réappropriait certains symboles ils resteraient à jamais frappés d’infamie!
    Cette fois-là, il a rigolé…

    Bonne journée.

  58. @ Pierre-Alain : mais c’était pas un impair, puisque c’était une chemise… (hum)

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