Paris-Match, dans son édition du 13 août 2026, a retenu en couverture une photographie du président Macron en jet-ski à Brégançon (la photographie, siglée “DR” [droits réservés], a été prise le 3 août). Je reproduis ci-dessous l’entretien que m’a accordé le magazine Télérama à ce sujet (propos recueillis par Mathieu Favier le 14 août 2026).
Vous avez chaud? Votre maison brûle? Éclatez-vous plutôt sur un jet-ski, semble narguer le président Emmanuel Macron, du haut de son scooter des mers en une du Paris Match du 13 août 2026. Datée du 3 août, la photographie a été prise deux jours après que l’incendie en Gironde a été fixé; tandis que vingt départements étaient encore placés en vigilance orange canicule. Pour comprendre ce coup d’éclat médiatique, André Gunthert, maître de conférences à l’Ehess, spécialiste des imageries populaires et historien de l’art, répond à nos questions.
Télérama. — Pourquoi l’image du président de la République en train de faire du Jet-Ski en une de Paris-Match fait-elle réagir?
— Ce qui frappe dans cette image, parfaite, c’est le sentiment de décalage. D’un côté, des vacances sportives; de l’autre, une France qui transpire dans un été sans précédent, marqué par les canicules et feux extrêmes. La coïncidence — sûrement s’agit-il d’une erreur de communication — veut que cette photo ait été publiée le 13 août, jour le plus chaud de la cinquième canicule de la saison. Dans le même esprit, cela me rappelle l’image des vacances du président au ski, en 2019, alors que la crise des Gilets jaunes battait son plein. Résultat, visiblement non anticipé par l’Élysée: cette nouvelle photographie paraît montrer un président qui n’en a rien à faire de la souffrance des Français.
Télérama. — Que dit cette une de Paris Match de la figure présidentielle?
— C’est une photo paradoxale. Il s’agit de l’une des dernières images fortes du mandat d’Emmanuel Macron. S’il l’a voulue dynamique, cette photographie signe pourtant son inaction : il a passé davantage de temps à faire de l’image que de la politique. C’est l’un des rares présidents français à avoir eu une photographe officielle pour ses deux mandats — Soazig de La Moissonnière.
Le fait qu’il soit ici cambré sur un jet-ski n’a rien d’un hasard: c’est une variante contemporaine de la statue équestre, s’inscrivant dans la continuité de l’image impériale dont usaient, entre autres, Alexandre le Grand, Louis XIV… Dans le même temps, le jet-ski est un des loisirs les plus anti-écologiques qui soit, avec un moteur à essence et un bruit tonitruant qui perturbe l’écosystème marin. Si nous avons peu d’images du président à vélo, en jet-ski, ce n’est pas nouveau. En 2022, Voici avait fait un reportage photo qui avait déjà provoqué un tollé chez les écologistes.
Télérama. — Comment la communication de l’Élysée a-t-elle pu laisser passer ça?
— On ne sait pas vraiment comment Emmanuel Macron gère sa communication. En tout cas, c’est le comble de l’erreur en la matière. C’est une image évidente de propagande dans la mesure où elle répond à une visée politique. Sa composition est parfaite, très propre, retouchée. Il y avait ici la volonté de mettre en scène un président jeune et sportif qui, malgré un mandat finissant, est encore seul «aux commandes» de la France — comme le titre le magazine. L’Élysée a réalisé, trop tardivement, son erreur et a plaidé la photographie volée. Pourtant, on sait très bien que ces fausses paparazzades sont faites avec l’assentiment des intéressés. Le président n’a visiblement pas pris la mesure du climat social… dans un climat brûlant. Cette image va rester comme celle de son inaction, traduisant ses erreurs de compréhension.