Netflix ou l’explosion du divertissement

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Lundi 15 septembre, jour de lancement du service américain Netflix en France. Précédé par un tir de barrage destiné, selon le ministère de la Culture, à préserver l’exception cinématographique française (et de manière plus pragmatique à protéger le modèle d’affaires de Canal +), le service de vidéo à la demande a été accueilli fraîchement par les acteurs du secteur.

Interviewé ce matin sur France Inter, le directeur général de Canal +, Rodolphe Belmer, tient à justifier ses prix d’abonnement élevés (25 €/mois pour la chaîne, 40 €/mois pour Canalsat, quand l’abonnement à Netflix démarre à 8 €/mois, 9 € pour la HD sur 2 écrans). On distinguera donc torchons et serviettes: Netflix ne serait qu’un service de rediffusion low cost, alors que Canal produit une offre inédite de spectacles « premium« .

Sur France-info, l’arrivée du concurrent américain est décrite comme «décevante». Pas disponible sur les écrans de télévision, mais seulement sur internet, avec connexion haut débit (5 Mo/sec. pour la HD), un catalogue restreint par les obligations du calendrier d’exploitation (qui interdit notamment la rediffusion d’un film en streaming par abonnement moins de 3 ans après sa sortie en salle), ou les accords commerciaux (« House of Cards« , la série maison, diffusée sur …Canal +, ne sera pas disponible en streaming)… Même Slate.fr, d’habitude plus favorable aux nouveaux médias, juge que « Netflix ne va pas révolutionner votre vie (ni même votre consommation de séries)« .

La chronologie des médias française n’est pas favorable à l’offre en streaming par abonnement (celle de Canal Play, opportunément calée sur les tarifs de Netflix, ne peut elle non plus proposer des contenus plus récents1). Pourtant, l’offre de l’Américain n’est pas si anémique, avec notamment les feuilletons « Orange is the New Black« , « Breaking Bad« , « Walking Dead« , de nombreuses séries US (ou la prochaine série « Marseille », spécialement produite pour le public français) ou anime japonais. Mais raisonner uniquement en termes de catalogue ne permet pas de saisir l’utilité du service. Comme le montrent les visuels promotionnels du site (voir ci-dessus), qui délaissent l’écran de télévision au profit de supports comme la tablette ou le smartphone, Netflix vise un autre modèle que le rendez-vous TV.

Alors que le modèle français privilégie l’accès à une œuvre spécifique par l’intermédiaire de la télévision, au coeur du foyer, le service de streaming vise à l’évidence à ouvrir d’autres usages: pouvoir visionner un film sur une tablette dans une salle d’attente d’aéroport, improviser un week-end binge,  distraire un enfant avec un dessin animé sur un smartphone, etc…

Les usages actuels d’une plate-forme comme Youtube donnent probablement une meilleure idée des potentialités d’un service qui permet d’avoir accès, dans une gamme de situations variées, à une médiathèque entière. En réalité, c’est la notion même d’œuvre audiovisuelle qui se modifie et se dilue dans les infinies possibilités de la combinaison de l’accès permanent avec la connexion généralisée. Malgré des débuts contrariés dans l’Hexagone, c’est bien Netflix qui dessine les contours des nouveaux usages de la production industrielle de loisirs, dont on voit bien qu’ils contribueront à une évolution fondamentale de notre rapport à la culture – simultanément banalisée et omniprésente.

Réfs.

 

  1. L’équipe de Vodkaster s’est amusée à créer un site parodique intitulé Notflix, énumérant des films récents qui ne peuvent par définition faire partie de l’offre de VOD par abonnement, mais cette liste dénonce plutôt l’absurdité de l’exception française… []

2 Commentaires

  1. Canal ne propose pas qu’un service à l’ancienne (la télé au coeur du foyer), il s’est ouvert aux nouveaux modes de diffusion (visionnage sur tablette, streaming, …), notamment par le biais du service Mycanal, qui permet d’accéder à du direct et au service à la demande (canal+ et canalsat). Je l’ai testé à la fois en déplacement et en 2e écran sur tablette à la maison, c’est plutôt pas mal ! Et je ne bosse pas chez Canal :-)

  2. Vous avez raison, de nombreuses chaînes françaises ont élargi leur gamme de propositions. Ma réaction s’explique par le caractère binaire de la présentation de l’antithèse Canal/Netflix par Rodolphe Belmer, typique de l’accueil très négatif réservé au concurrent américain au pays de « l’exception française », caractérisé par une hiérarchie culturelle encore très rigide. On ne peut que constater, comme avec Hadopi, l’écart grandissant entre les discours et les usages…

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