L’Image partagée: les couvertures auxquelles vous avez échappé

En 2012, je m’étais interrogé sur la solidité du lien qui unissait le contenu d’un livre à sa couverture. La publication de L’Image partagée m’a donné l’occasion de tester in vivo les facteurs déterminants de ce choix.

Recueil d’articles consacré à l’histoire récente de l’image numérique, l’ouvrage, quoique illustré d’une cinquantaine de reproductions en couleur, présente la particularité de n’en contenir aucune susceptible d’être élevée à la dignité d’affiche. Compte tenu des deux principales contraintes de l’exercice, soit un format en hauteur et une bonne définition, l’iconographie du livre s’avérait peu appropriée, à l’exception d’une photographie de Rob Griffith pour la Une de Libé, un moment envisagée – mais finalement trop chère.

Conscient de l’intérêt croissant pour la pratique de l’autophotographie, je propose de mon côté le selfie de l’astronaute japonais ou une illustration muséale, mais les deux images ne sont pas retenues.

Pendant que le titre fait l’objet d’âpres négociations (L’Image fluide ne résiste guère devant L’Image partagée, qui sera provisoirement remplacé par Histoire culturelle de la photographie numérique; L’Appropriation des images est fermement refusé), les propositions suivantes de l’éditeur resteront centrées sur le motif des smartphones brandis par une foule anonyme. La lecture de l’ouvrage aurait-elle été différente avec cet affichage?

Si cette figure a l’avantage de symboliser la présence envahissante de la photographie numérique, l’image est déjà un stéréotype, largement reproduit en photographie de stock. Elle présente à mes yeux le défaut de désigner l’instrumentation, alors que la fluidité numérique s’en est largement affranchie, tout en faisant l’impasse sur les traits de l’image connectée – le partage ou la conversation. Mais les notions essentielles que déploie le livre relèvent d’effets de réseau, de phénomènes narratifs ou de recontextualisations difficiles à réduire à une seule image.

Après bien des hésitations, c’est finalement Clément Chéroux, directeur de la collection, qui tranche en faveur d’un visuel répétitif, appropriation artistique de pratiques vernaculaires issue de l’exposition “From Here On: une collection de couchers de soleil récupérés sur Flickr par Penelope Umbrico. Comme un symbole de notre perplexité à traduire par une image les bouillonnements de la photographie, cette grille colorée et abstraite est acceptée par tous comme la meilleure signature du livre.

3 Commentaires

  1. Retour PingAfrique in visu

  2. Les couvertures avec motifs de smartphones brandis par la foule anonyme font penser à un ouvrage abordant l’aspect social de la photographie. Ce que l’on voit, c’est l’utilisateur, et pas la photo numérique.
    Avec celle retenue, on est clairement du côté de la photographie « artistique », plasticienne, du moins d’auteur. On met clairement en avant la photo et pas l’utilisateur. Et pour le coup, on s’adresse à beaucoup plus de monde.

  3. « L’Appropriation des images est fermement refusé » c’est pourtant le propos de l’image mise en couve, une appropriation de l’artiste Penelope Umbrico qui se sert de l’image vernaculaire comme d’une matière brute qu’elle transforme en œuvre … le contresens est total !
    Les smartphones brandis avaient au moins la qualité de suggérer l’universalité de la pratique et sa frénésie sans faire œuvre, l’image restant documentaire. Alors vraiment je ne comprends pas ce choix.
    Le cosmonaute était plus inattendu, c’était la meilleure option, d’autant que Facebook se lance à la conquête de l’espace avec ses projets de satellite.

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