Greta, un air de fin du monde

Peu de militantes écologistes ont suscité autant de malveillance et d’agressivité que Greta Thunberg. Si l’exaspération est un symptôme, alors son personnage appartient incontestablement à ceux qui permettent d’orienter la lecture d’une crise. Comme l’illustre une caricature du dessinateur réactionnaire Marsault, la colère que provoque ses apparitions chez ses adversaires tient d’abord à son succès public.

Cette réception interroge par comparaison la visibilité plus faible de la communication du GIEC, dont les travaux alimentent les prises de parole de la jeune fille. L’exploitation médiatique modérée de ces rapports s’explique d’abord par la complexité des données scientifiques, que peu de journalistes non spécialisés sont capables de restituer. L’expertise bien réelle de Greta Thunberg en matière climatique lui permet au contraire de vulgariser et de mettre en valeur quelques chiffres bien choisis. Pour ceux que la crise climatique dérange, les synthèses du GIEC sont également plus difficiles à attaquer. Greta offre en revanche une cible de choix pour remettre en question la thématique du réchauffement.

Réduire le propos de Greta Thunberg à un galimatias incompréhensible, comme le fait Marsault, ne suffit donc pas à expliquer son impact. C’est dans une parodie australienne favorable à la jeune fille que l’on trouve le meilleur résumé de ce qui irrite ses adversaires: «She’s making the end of the world sound like it’s the end of the world» («Elle donne à la fin du monde un air de vraie fin du monde»). Là où le GIEC propose une gamme de scénarios, la militante fait résonner plus nettement la menace de la catastrophe.

Un autre symptôme confirme la résistance au registre apocalyptique. Alors que le thème de l’effondrement a gagné en visibilité, on a pu voir un front hétéroclite, de Bruno Latour à Laurent Alexandre et du Monde diplomatique à l’Opinion, se lever contre la collapsologie1, décrite comme un nouveau millénarisme – soit une peur irraisonnée aux relents d’obscurantisme religieux.

La crise climatique n’implique pas nécessairement la vision effondriste, issue d’une culture des sciences physiques et d’une approche statistique à l’origine des travaux du club de Rome sur les limites de la croissance, publiés en 19722. Mais devant la difficulté des sociétés développées à réagir aux alertes des spécialistes du climat, la perspective d’un effondrement généralisé provoqué par l’emballement de la crise climatique fait désormais figure d’épée de Damoclès du productivisme.

Si tous ceux qui maîtrisent l’information climatique ne partagent pas le pessimisme foncier de cette vision, il paraît de plus en plus difficile de l’évacuer d’un revers de main. L’accélération sensible du réchauffement au cours des étés 2018 et 2019 a favorisé la vulgarisation d’une thèse auparavant confidentielle, avec les dossiers publiés notamment par Science et Vie, Libération ou Le Monde à l’été 2019.

Cette visibilité a déclenché l’irritation des censeurs, qui ont préféré s’attaquer aux aspects les plus fragiles de la collapsologie, réduite à un succès de librairie, au lieu d’interroger les raisons de l’installation de la thématique de l’effondrement. Celles-ci sont pourtant évidentes, et découlent de l’incapacité manifeste des sociétés développées à répondre à l’urgence de la crise. En France, la contradiction entre les déclarations et les décisions d’Emmanuel Macron atteste qu’on n’est pas près de freiner la croissance, encore moins d’en sortir, comme le réclament les modèles de réduction des gaz à effet de serre.

Sur l’éventail des adversaires de la catastrophe, on trouve aussi bien des réactionnaires partisans de l’industrie que des marxistes soucieux de voir la revendication radicale leur échapper. Mais la fin du monde changera-t-elle vraiment de goût si on la baptise «capitalocène»  plutôt qu’«anthropocène»? On peut se réjouir, comme Naomi Klein, de la perspective de la fin de la civilisation thermo-industrielle qu’implique la crise climatique – reste que cette issue s’accompagnera nécessairement de conséquences catastrophiques3. Et s’il est vrai que les principaux contributeurs à l’effet de serre se comptent parmi les plus riches, nous n’en sommes pas moins tous autant que nous sommes dépendants de l’économie capitaliste pour notre survie. Cet ensemble de dilemmes fait d’ores et déjà l’objet de discussions fiévreuses4.

Dès lors que personne n’a encore de solution à proposer, comment s’étonner que l’horizon soudain de cette fin du monde soit perçu comme la source d’un effroi sans bornes? C’est d’abord cette peur qu’alimente l’exposition de Greta Thunberg, dans ses excès les plus invraisemblables, qui vont jusqu’à l’appel au meurtre. Diffusé le 15 septembre dernier sur YouTube, un terrible court métrage parodique intitulé «Anita», après avoir illustré de la façon la plus plate la thèse de l’instrumentalisation de la militante, se termine sur l’image violente de son suicide en direct face à une salle bondée, seule issue pour dénouer les contradictions dans lesquelles serait prise la jeune fille.

On ne peut que saluer le courage de la vraie Greta face à de tels dérèglements. Mais ceux-ci, quoique regrettables, contredisent bel et bien ceux qui affirment que les interventions de la jeune fille ne servent à rien. Au contraire, l’outrance même de ces manifestations prouve que sa communication touche très au-delà du cercle des convaincus, suscitant l’angoisse ou l’inconfort jusque dans les rangs les plus rétifs au risque climatique. Voir Greta en nouvelle Méduse, c’est faire l’expérience de l’effroi – non devant la messagère, mais face à son message. Or, cette trouille est bien la première étape de la confrontation à une crise dont nul ne perçoit l’issue – que Greta Thunberg a elle-même traversé. Sa détermination suggère que la perspective de l’effondrement n’implique pas de baisser les bras. Au contraire.

  1. néologisme proposé par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur ouvrage Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015. []
  2. Dennis Meadows, Donella Meadows, Jorgen Randers, Les Limites à la croissance (dans un monde fini), 2e éd., 2004, trad. de l’anglais par A. El Kaïm, éd. Rue de l’Echiquier, 2017. []
  3. Naomi Klein (propos recueillis), «Nous entrons dans l’ère de la barbarie climatique», Reporterre, 18/09/2019. []
  4. Arthur Keller (propos recueillis par Vincent Lucchese), «Avec l’effondrement, une guerre des récits a commencé», Usbek & Rica, 10/09/2019. []

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  1. @Manu Kodek: Il faut être sérieusement malade pour faire l’éloge d’un film qui prône le suicide d’une jeune fille de 16 ans, au nom d’une supposée radicalité militante! Le court métrage de Bogaerts reprend sans discussion le postulat infantilisant de l’instrumentalisation de Greta Thunberg, promu notamment par Isabelle Attard sans l’ombre d’une preuve, et qui a été démenti par l’intéressée. Ce cliché lui-même digne du marketing le plus sommaire n’est qu’un tissu de préjugés, contredit par l’histoire de la militante (https://www.facebook.com/gretathunbergsweden/photos/a.733630957004727/767646850269804/).

    Il est par ailleurs pour le moins ridicule d’accuser Greta de naïveté, tout en estimant que seule une mort en direct serait susceptible de provoquer une mobilisation d’ampleur pour le climat. Comme tous les adversaires de GT, Bogaerts part du principe que l’action de Greta ne mène à rien – mais réalise et diffuse un film pour mettre en scène son suicide! J’ai envie de dire à ces gens aveuglés par leurs idées reçues: réveillez-vous, ouvrez les yeux! A l’évidence, l’action de Greta constitue une formidable opération de communication, qui inspire la jeunesse dans le monde entier et contribue puissamment à la mobilisation écologique (et le déferlement de haine qu’elle suscite est une preuve a contrario du fait que son action dérange). Diffuser des stéréotypes mensongers au nom de la radicalité est en revanche la plus triste manière de participer au combat.

  2. Merci pour cette mise au point : la dernière manifestation « verte » à Montréal devrait pourtant clouer le bec aux critiques ronchons ou déjantés de Greta Thunberg !

    Il serait amusant de dresser la liste, pour la France, des dessinateurs (style Xavier Gorse, du « Monde »), imprécateurs, anciens critiques littéraires, « philosophes » (tels le duo comique Finkielkraut/Bruckner), journalistes de tous bords y compris border lines, pour analyser comment leurs acides remarques sur l’âge, le physique et les théories de la courageuse lanceuse d’alerte manifestent leur incompréhension totale de ce qui est en train d’advenir et masquent mal leur tremblote intérieure et extérieure. ;-)

  3. L’article de Martin Gelin « The Misogyny of Climate Deniers.
    Why do right-wing men hate Greta Thunberg and Alexandria Ocasio-Cortez so much? Researchers have some troubling answers to that question. » donne aussi une perspective intéressante sur la critique de Greta Thunberg.

    Extrait :

    […]
    « The rise of Thunberg and Ocasio-Cortez has generated a predictable backlash among conservative men. In the U.S., Ocasio-Cortez has become an obsession on right-wing media. Fox News mentioned her an average of 76 times a day during her first month in Congress. Now, Greta Thunberg is becoming a similar target for European nationalists. In Germany, the far-right Alternative für Deutschland party seems to have coordinated their attacks on Thunberg with the right-wing European Institute for Climate and Energy think tank.

    Climate change used to be a bipartisan concern, the first Bush senior presidency famously promising to tackle global warming. But as conservative male mockery of Thunberg and others shows, climate politics has quickly become the next big battle in the culture war—on a global scale.

    As conservative parties become increasingly tied to nationalism, and misogynist rhetoric dominates the far-right, Hultman and his fellow researchers at Chalmers University worry that the ties between climate skeptics and misogyny will strengthen. What was once a practical problem, with general agreement on the facts, has become a matter of identity. And fear of change is powerful motivation. »

    Source : https://newrepublic.com/article/154879/misogyny-climate-deniers

  4. Après des propos incitant à «abattre» Greta Thunberg, le président des Amis du Palais de Tokyo limogé

    L’institution parisienne a fait savoir ce dimanche qu’elle démettait Bernard Chenebault de ses fonctions à la suite de commentaires appelant publiquement au meurtre de la jeune militante suédoise.

    https://next.liberation.fr/culture/2019/09/29/apres-des-propos-incitant-a-abattre-greta-thunberg-le-president-des-amis-du-palais-de-tokyo-limoge_1754344

  5. Commentaire « de biais » ( et peut-être intéressant, quand même. )
    On parle de changement de civilisation, d’effondrement, etc… n’est-ce pas ? – On est au-delà d’un problème de communication. Et même au-delà de la politique.
    Tout ce bruit semble un peu dérisoire.
    Comme s’il s’agissait de se sauver, simplement en prenant conscience du mal. – En admettant que nous devenions tous conscients de ce qui vient, que ferions-nous ?
    « il n’est pas de sauveur suprême,
    ni dieu, ni tyran, ni tribun… »
    En terme d’images, Greta fait figure de Jeanne D’Arc, de Sainte Geneviève, ou de Liberté guidant le peuple, etc…

  6. Ce qui me frappe, c’est que le sentiment qui m’habite et que je croyais isolé est en fait partagé par presque tout le monde: Nous sommes, dans l’ensemble, plus inquiets pour Greta Thunberg que pour la planète! Sentiment paradoxal… Nous avons peur pour elle, nous la trouvons tellement sincère que nous espérons qu’elle ne prenne pas les choses tout à fait autant au sérieux qu’elle nous demande de le faire, et elle-même semble le savoir: A son âge elle devrait être à l’école et pas à la tribune de l’ONU, comme elle dit elle-même.

    Vous êtes sévère avec le film « Anita ». Je le prends plutôt pour une sorte d’avertissement, pas seulement à Greta Thunberg mais avant tout à nous tous, que le rôle qu’elle joue, ou plutôt son action dans la mesure ou nous la prenons, cette action, pour un « rôle », ne peut mener qu’à la mort. La figure satanique du « vieux sage » incarne cette attitude. Il semble avoir « tout compris », et il installe Anita dans son rôle comme un metteur en scène implacable. Anita dans le film le dit: « Vous ne changerez pas ». Mais Anita n’est ni Yéménite ni Syrienne (autrement elle n’aurait pas eu son visa, et même on ne saurait pas qu’elle existe) et donc elle appartient elle aussi à cette coalition des élites qui détruit le climat et massacre les habitants des pays qui préservent le climat, et puisque selon ses propres mots cette élite « ne changera pas », logiquement elle ne peut plus que se donner la mort.

    C’est caricatural mais cette mort dans le film représente l’aboutissement logique du rôle que Greta Thunberg joue dans les media. Or, il n’est pas si facile de se débarrasser de l’influence des media, car après tout, la quasi-totalité des gens, et bien sur moi-même, à part la famille Thunberg et les amis de Greta, ne la connaissent que par ces media! Donc, la tentation paresseuse du « consommateur » de media, pour chacun de nous, est bel et bien de jouer, à un niveau ou à un autre, le rôle du « vieux sage satanique » du film « Anita ».

    Comment éviter de le faire?

    Cette situation me rappelle le dessinateur survivant de Charlie Hebdo, Luz, lançant, peut-être un peu exaspéré, à la foule endeuillée, le regardant et portant le même brocart uniforme, « Je suis Charlie »:

    -Vous êtes Charlie? Prouvez-le!

  7. Bonjour,

    Je trouve réjouissant l’action de Greta Thunberg, âgée de 16 ans elle renverse souverainement la proposition jusqu’ici bien creuse : »Mais quel monde allons-nous laisser à nos enfants … ». On parlera de proposition à propos d’une formule qui s’apparente à une question mais qui n’en est pas une puisque le monde que nous allons laisser à nos enfant est à la dérive.
    Du coup un petit nombre d’adultes prennent l’affront de G. Thunberg comme une gifle (« Vous nous avez trahi ») et ne décolèrent pas, non pas comme des « males, blancs, hétéros etc »), mais simplement comme des adultes qui ne supportent pas les remontrances justifiées d’une ado.
    Pour ma part je trouve que le point positif des attaques contre Greta Thunberg est qu’elles font sortir du bois tout un tas d’imbéciles, du coup la visibilité s’améliore : les masques tombent, on reconnait qui est qui et ce en dépit de positions sociales plus ou moins hautes ;)

  8. #WeStandWithGreta #FridaysForFuture

    « Greta dérange comme la vérité »

    Climatologue et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Jean-Pascal van Ypersele fait part dans une tribune au « Monde » de son admiration pour Greta Thunberg. Il salue sa connaissance des enjeux climatiques et la force de son discours.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/01/jean-pascal-van-ypersele-greta-derange-comme-la-verite_6013798_3232.html

  9. C’est drôle que des adultes écoutent une enfant. C’est dire que nous ne sommes pas prêt à l’action puisque en général c’est l’adulte qui décide ce que fera l’enfant pour son bien. je pense que cette inversion des rôles exaspère et génère peut-être une certaine « haine » à son égard.

    Pourtant elle a raison il y a urgence. Ceci dit les intérêts financiers sont tellement énormes à continuer comme avant que la transition vers des énergies propres et un autre mode de vie plus économe se fera au moins sur une cinquantaine d’années.

    Simplement remplacer les bouteilles en plastique dans les magasins (eau minérale et sodas) par des bouteilles en verre consignées n’est pas accepté par les industriels et le ministre n’osera pas s’y opposer. Il préfèrera faire une pseudo consigne de bouteille en plastique dont une bonne partie se retrouvera dans la nature comme aujourd’hui.

    Bon courage aux nouvelles générations pour lutter contre les lobbys.

  10. Quand j’étais gamin il y avait 2 types de bouteilles en verre : les consignées, avec 3 étoiles gravées, et les non-consignées. En moyenne une bouteille consignée servait 7 fois avant d’être cassée. Qui a inventé ce système dit de « la consigne » avec le marquage par les 3 étoiles, qui permet de multiplier par 7 l’efficacité du verre ?

    Surprise, surprise…

    C’est St Gobain, la multinationale du verre.

    Et avant ce système dir de « la consigne », on faisait quoi ? Il n’y avait aucun marquage, slors toutes les bouteilles ne servaient qu’une fois ?

    Non: Avant « la consigne », toutes les bouteilles étaient consignées. St Gobain, le leader de l’industrie du verre, a d’un coup de maître, divisé par 7 l’utilisation d’une partie des bouteilles en verre. Partie qui, quand j’étais gamin, était déjà devenue la majorité. Mes parents m’avaient appris à choisir, entre 2 bouteilles, toujours la consignée. Par sens écologique, par sens moral, par sens commun.

    Aujourd’hui plus aucune bouteille n’est consignée.

    Merci St Gobain, de nous faire bouffer tant de verre !

  11. Dans «Le syndrome de l’autruche» (Actes Sud, 2017), le sociologue britannique George Marshall souligne « notre talent inné et hors du commun pour ne voir que ce que nous voulons voir et mettre de côté ce que nous préférons ne pas savoir ». Quoi de plus efficace en effet que de passer sous silence ce qui dérange ?

    Greta Thunberg ose s’affranchir de la norme pour révéler, comme le petit garçon dans le conte d’Andersen, que le roi est nu. Alors, pour faire taire la contestataire, on s’acharne à la diaboliser.

    Sur les réseaux sociaux, des climatologues ont fait les frais d’attaques insensées : ils ont été accusés d’avoir faussé les données, parfois même ils ont été exhortés à se suicider. La question se pose cependant. Implacable. Incontournable. « Choisirons-nous collectivement d’accepter ou de rejeter ce que nous dit la science ? » Choisirons-nous ou pas de reconnaître la gravité du problème qu’elle met à jour ? Sortir de la chape de silence est difficile en raison des conséquences induites : la nécessité d’accepter les coûts du changement qui s’impose. Les phénomènes météorologiques extrêmes, actuellement de plus en plus manifestes, pourraient pourtant bien faire évoluer les mentalités… En tous cas, les jeunes paraissent de plus en plus prêts à en découdre, eux qui voient leur avenir menacé.

    Si vous voulez avoir une idée du contenu du livre de George Marshall, notamment des conseils qu’il prodigue pour faire bouger les lignes, vous pouvez lire l’excellent article de Jean-Pierre Tuquoi, dans Reporterre : « Pourquoi ne croyons-nous pas vraiment au changement climatique ? » https://reporterre.net/Pourquoi-ne-croyons-nous-pas-vraiment-au-changement-climatique

  12. Ainsi donc, Greta Thunberg donnerait un visage au changement climatique, sa manière de suivre le conseil de George Marshall ? J’ai quand même le sentiment qu’elle vaut mieux que la mousse médiatique qui l’enveloppe et ne cherche qu’à la détruire. D’ailleurs si l’on suit la logique de la thèse de Marschall (du moins ce qu’on peut en comprendre à partir de l’article de Reporterre), non seulement la seule chose qui compte ce sont les actions réelles que l’on fait, mais par-dessus le marché, celles que l’on fait pour des « raisons de proximité », et pas pour un but abstrait et hors d’atteinte comme le climat. Bref, Marschall nous demande de faire un acte de foi et de se forger, chacun à son niveau et avec ses propres moyens culturels, intellectuels, physiques, relationnels etc. une raison concrète d’agir « pour le climat », de construire un récit personnel qui serait en harmonie avec le récit global du changement climatique. Ce qui est paradoxal c’est que faire cela serait exactement le contraire de ce que tout un courant mystique nous a encouragé à faire, et par exemple Maitre Ekhart, qui nous dit que si nous agissons pour être des gens bien, c’est bien mais ce n’est pas le plus haut. Que si nous agissons pour servir Dieu, c’est bien mais ce n’est pas le plus haut. Le plus haut, la seule manière pure d’agir, c’est d’agir parce que nous agissons. Toute autre justification a le potentiel de nous faire glisser sur la pente des marchands du temple. Pas des criminels, mais des importuns, une distraction inutile. Je suis complètement d’accord avec Ekhart. Et avec Hervé Kempf, qui le dit de manière simple: Croire ce que nous savons.

    Mais si nous adoptons le point de vue « en aplomb » de type socio-anthropo anglo-saxon etc. qui semble inspirer Marshall, alors il est impératif d’accepter que le récit sur le climat ne peut pas être le même sous toutes les latitudes, dans toutes les cultures, en Suède (qui écologiquement vivait à crédit en 2019 dès le 3 avril) ou au Yémen (qui écologiquement subventionne les autres pays de 6 mois, avec un « jour du dépassement » au 1er septembre de l’année suivante!). Cette lecture « globale » ne peut évidemment pas faire l’économie du rôle que joue (puisque nous sommes français) la France dans le blocus économique du Yémen et la famine qui tue les Greta Thunberg de ce pays.

    Sur cette mise en perspective indispensable à qui s’essaye à une lecture globale du changement climatique, un commentaire très personnel et attachant, de Gordon Duff sur le commentaire… de Vladimir Poutine sur Greta Thunberg (avec en prime « la vraie » Greta)!

    https://www.veteranstoday.com/2019/10/03/propaganda-101-burns-putin-over-greta-gaff/