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Violences policières: «On peut plus jouer»

La démonstration de l’existence des violences policières en France par l’accumulation des témoignages visuels continue à porter ses fruits. Après Le Monde, dès 2019, Mediapart et Loopsider en 2020, Libération rejoint le camp des médias investigateurs des images de violences et affiche en Une une enquête portant sur des faits datant de février 2020, où un jeune homme de 19 ans, grièvement blessé par un tir de LBD, a perdu un oeil1.

Comme dans le cas des brutalités racistes contre Michel Zecler, c’est ici un document de vidéosurveillance, mobilisé dans le cadre d’une instruction, qui permet de contredire le témoignage mensonger des policiers. A l’instar des investigations inspirées des méthodes d’architecture forensique déjà employées par Le Monde et Mediapart, Libération a demandé à l’agence Index de réaliser une modélisation 3D, qui accable les policiers en démontrant le caractère totalement injustifié du tir, qui touche la victime alors que celle-ci s’enfuyait.

Comme le suggère le titre de l’enquête («Reconstitution d’un tir de LBD ordinaire»), des agents qui abusent de leurs pouvoirs, mentent et accusent leur victime pour s’innocenter font désormais partie de la triste routine d’une police livrée à elle-même. Mais ce que met en lumière cette enquête est une irresponsabilité encore plus scandaleuse. La divulgation d’échanges téléphoniques entre policiers permet en effet de comprendre que le tir du policier relève d’une forme de jeu cruel, où les jeunes des cités sont tirés comme des lapins dès que l’occasion se présente, dans le seul but de «faire un carton». «Maintenant il y a des caméras partout (…) on peut plus quoi, on peut plus jouer, c’est terminé», regrette un fonctionnaire.

La dimension raciste de ces pratiques apparaît en filigrane dans les propos du policier agresseur, qui n’a pas exprimé le moindre regret. Dans l’attente du procès, aucune sanction n’a été prise, et il continue d’exercer. C’est vrai qu’on aurait tort de s’en faire, puisqu’il n’y a pas de violences policières.

  1. Ismaël Halissat, «Brunoy, 22 février 2020. Reconstitution d’un tir de LBD ordinaire», Libération, 05 mai 2021, p. 2-4. []

4 réflexions au sujet de « Violences policières: «On peut plus jouer» »

  1. « Libération » a fait un excellent travail.

    Malgré la loi sur la « Sécurité globale » (le globe oculaire ?), tous ceux qui filment ou photographient, parfois au risque de leur vie, les policiers qui outrepassent la loi – ce qui est l’un des plus beaux paradoxes de cette société de répression institutionnalisée – doivent être considérés, eux, comme des gardiens de la démocratie. :-)

  2. Et ceux qui flinguent les flics, sont les gardiens de quoi, pauvre con !
    La bêtise gauchisante de ce genre de torchon nauséabond, nous emmène doucement vers La Le Pen… Mais ça, t’es trop « idéologisé » pour le voir… Tu pleurnicheras alors, en bon toutou geignard !!!

  3. @Dominique Hasselmann: C’est en effet un paradoxe qui n’est pas mince. Du point de vue juridique, il est tout à fait intéressant de noter que le recours à un document de vidéosurveillance dans le cadre d’une instruction ne contrevient pas à la nouvelle rédaction de l’article 24 de la loi « Sécurité globale » (https://www.numerama.com/politique/700409-loi-securite-globale-la-version-finale-de-larticle-24-sur-les-videos-de-policiers-est-prete.html), qui ne peut empêcher l’analyse d’images à des fins d’établissement des faits. Il est probable que cet aspect a fait partie de la réflexion de la rédaction lors de l’élaboration de cette enquête, qui constitue à ce titre une démonstration précieuse.

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